L’Union européenne (UE) a exprimé, jeudi 17 septembre, sa « totale solidarité » avec l’Arabie saoudite, et a appelé les houthistes à cesser « toute action militaire » dans la région. « Le ciblage de civils et d’infrastructures civiles est inacceptable. (…) Nous exhortons les houthistes à cesser toute action militaire », a affirmé Anouar El Anouni, porte-parole du service diplomatique de l’UE, après de récentes frappes menées par ces combattants yéménites antigouvernementaux, soutenus par l’Iran.
Pour la première fois depuis la reprise des hostilités, en juillet, une personne a été tuée, jeudi, en Arabie saoudite à la suite de la chute de débris liée à l’interception d’un drone dans la région de Taëf. « L’incident a fait un mort, de nationalité yéménite, et blessé une Saoudienne et un Pakistanais, qui se trouve dans un état critique », a annoncé la défense civile saoudienne, précisant que plusieurs bâtiments et véhicules avaient également été endommagés.
Elle a diffusé de rares images, sur lesquelles on peut voir des secouristes inspectant une habitation éventrée et aux murs criblés d’impacts, ainsi qu’une voiture dont la lunette arrière a été soufflée.
Au Yémen, les combats entre les forces gouvernementales et les combattants houthistes ont pour leur part fait 63 morts ces dernières vingt-quatre heures, selon des bilans communiqués par des sources militaires des deux camps à l’Agence France-Presse.
Au moins 23 soldats gouvernementaux ont été tués dans les attaques de missiles et de drones, dans les provinces de Taëz et de Lahj. Côté houthistes, des sources militaires ont fait état de 40 combattants tués dans les frappes saoudiennes et les combats au sol.
A ce bilan s’ajoutent les échanges de tirs entre les houthistes et l’Arabie saoudite, dans lesquels quatre personnes sont mortes jeudi. Selon l’agence de presse Saba, proche des combattants yéménites, « trois enfants ont été tués et plusieurs habitants blessés dans des bombardements des mercenaires de l’ennemi saoudien », ayant visé un village de la province de Taëz, située dans le sud-ouest du Yémen. Trois tours de télécommunications auraient également été ciblées.
Intérêts pétroliers ciblés
Les houthistes, au pouvoir dans une partie du Yémen, contrôlent désormais tout le littoral du pays sur la mer Rouge, et ont ainsi renforcé leur emprise sur le stratégique détroit de Bab Al-Mandab, qui relie l’Europe à l’Asie via le canal de Suez. Depuis leur offensive éclair, ils rapportent tous les jours des dizaines de frappes menées en riposte par Riyad.
Leur prise de contrôle du littoral a engendré des craintes sur la scène internationale, le transport maritime mondial étant déjà fortement impacté par le verrouillage du détroit d’Ormuz par Téhéran, de l’autre côté de la péninsule Arabique, depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, à la fin de février.
Une fermeture de Bab Al-Mandab serait « catastrophique », avait résumé mardi la diplomatie qatarie.
Les houthistes assurent, quant à eux, qu’il n’existe aucune menace pour la navigation dans le couloir maritime – sauf pour les navires de l’Arabie saoudite, premier pays exportateur mondial de brut.
Les frappes des combattants yéménites en Arabie saoudite ont surtout ciblé les intérêts pétroliers du pays. Mais mercredi, Riyad a accusé le mouvement pro-iranien d’avoir visé La Mecque, une attaque « lâche » contre cette ville sainte de l’islam qui accueille chaque année des millions de pèlerins, sunnites comme chiites. L’annonce a provoqué un vif émoi dans le monde arabe et musulman.
Les houthistes ont vivement démenti, leur porte-parole maintenant qu’ils ne visaient que des installations pétrolières et des bases militaires, « éloignées des sites sacrés ». Ils ont notamment revendiqué, mercredi, une attaque contre une installation du géant saoudien Aramco à Yanbu, sur la mer Rouge, une autre contre la base aérienne de Khamis Mushait, et affirmé avoir abattu un avion de chasse saoudien.
Plus de 100 00 déplacés
Frappée sur son sol et menacée en mer, d’un côté par les houthistes en mer Rouge, de l’autre par l’Iran dans le Golfe, l’Arabie saoudite est sous pression, avec des conséquences majeures pour l’économie mondiale.
Le prix du pétrole est repassé la semaine dernière au-delà du seuil de 100 dollars avec cette nouvelle crise. Mercredi, le prix du baril de brent de la mer du Nord, référence internationale, évoluait autour de 104 dollars.
La trêve fragile conclue en 2022 entre les belligérants a volé en éclats au mois de juillet, lorsque les houthistes ont défié le contrôle de Riyad de l’espace aérien yéménite en autorisant un avion iranien à atterrir au Yémen.
Le conflit, qui ravage le pays le plus pauvre de la péninsule Arabique, a contraint plus de 100 000 personnes à fuir leur foyer, selon les Nations unies.