YéMèYi, un slam congolais féministe pour briser les silences
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Avec La Femme Homme, premier volet d'un triptyque à paraître, la slameuse et activiste congolaise Aurore Marinette Pangopo et le pianiste-beatmaker français Marc Bizzini unissent leurs univers sous le nom de YéMèYi. Entre slam, groove urbain, musique classique et influences latines, le duo fait de la musique un espace de dialogue et de résistance, où se croisent émancipation féminine, liberté de parole et valorisation des artistes africaines.
La Femme Homme, un manifeste contre les étiquettes
Le titre intrigue. Il résume pourtant parfaitement la démarche d'Aurore Marinette Pangopo : questionner les rôles assignés aux femmes et revendiquer le droit de définir soi-même son identité. À travers ses textes, la poétesse et slameuse congolaise déconstruit les stéréotypes de genre, interroge les injonctions sociales et donne voix à des réalités souvent passées sous silence. Une parole qui peut se faire rageuse ou tendre, frontale ou intime, mais qui reste toujours profondément incarnée. « Étant donné que je viens d'un milieu où la parole de la femme était taboue, j'ai voulu décortiquer les cases dans lesquelles on nous enferme », explique-t-elle.
Du Congo-Brazzaville au Maroc, le slam comme refuge
L'histoire d'Aurore Marinette Pangopo nourrit largement son écriture. Née au Congo-Brazzaville, elle grandit au sein d'une secte où elle subit humiliations et violences. À 32 ans, alors qu'elle est enceinte de quatre mois, elle quitte son pays et trouve refuge au Maroc, où elle vit et crée depuis une dizaine d'années. Bien avant cet exil, elle découvre le slam, qui devient pour elle un espace de reconstruction et d'émancipation.
En 2015, elle marque l'histoire de cette discipline en devenant la première femme à porter le slam congolais dans un stade, lors de la cérémonie de clôture des Jeux africains de Brazzaville. Aujourd'hui, sous le nom de YéMèYi, qui signifie « elle-même » en lingala, elle intervient également dans des écoles et des associations afin de promouvoir la visibilité des femmes artistes africaines, la liberté d'expression et le dialogue interculturel.
Une rencontre entre poésie, groove et musique classique
Si les mots occupent le devant de la scène, ils s'appuient sur l'univers musical foisonnant de Marc Bizzini. Le pianiste, compositeur et beatmaker français mêle groove urbain, swing, rythmes latins et références classiques. Dans « Post Partum », qui aborde avec sensibilité les réalités parfois idéalisées de la maternité, une citation de Schubert surgit ainsi au détour d'un piano délicat.
Cette richesse musicale apporte une lumière particulière aux textes d'Aurore Pangopo, qui transforment les traumatismes en matière poétique et les blessures en forces créatrices. « Je me définis comme une alchimiste des mots. Toute la merde qu'on m'a donnée, je l'ai transformée en beauté, en mots et en paroles », résume-t-elle.
Et l'histoire ne s'arrête pas là : ce premier EP n'est que le début d'une aventure appelée à se poursuivre très prochainement avec deux nouveaux volets déjà en préparation.
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