A l’heure où les Etats-Unis fêtent le 250e anniversaire de leur déclaration d’indépendance, on rappelle souvent ce que ce texte a offert aux mouvements d’émancipation : un langage universel d’égalité, de liberté et de droits naturels. Depuis le XIXe siècle, les abolitionnistes, les militantes en faveur des droits des femmes, puis les défenseurs des droits civiques y ont puisé la promesse d’une Amérique encore inachevée, qui se dirigerait inéluctablement vers plus d’égalité.
Au-delà même des côtes américaines, la déclaration a inspiré de nombreux mouvements anticoloniaux. Hô Chi Minh [1890-1969] s’y référa explicitement lorsqu’il proclama l’indépendance du Vietnam, en 1945. L’argument de ces causes progressistes pouvait se résumer ainsi : si « tous les hommes sont créés égaux », comme l’affirme le texte de 1776, alors toutes discriminations et inégalités reviennent à trahir ce pacte fondateur.
Cependant, cette vision optimiste de l’histoire ne doit pas en cacher une autre. La déclaration a aussi fourni à l’extrême droite américaine une mythologie et une justification morale, qu’il importe de rappeler alors que l’administration en place [celle de Donald Trump] est largement issue de cet univers politique. Les groupes les plus violemment opposés à l’égalité raciale, religieuse ou sociale se sont, eux aussi, réclamés du 4 juillet 1776.
Pour comprendre ce paradoxe, il faut remonter à près d’un siècle. Dès les années 1930, le journal Liberation des Silver Shirts (« chemises argentées »), mouvement fasciste qui s’adressait essentiellement à la majorité blanche et protestante, publiait en première page une réécriture de la déclaration. Le texte imitait le document de 1776, tout en en déplaçant la cible. En réaction au New Deal du président Franklin Roosevelt [1882-1945], il invoquait le droit à « altérer ou [à] abolir » un gouvernement qui les aurait trahies.
Fantasme antisémite
Cependant, l’ennemi désigné n’était plus le monarque britannique, c’était l’« élément non chrétien, non américain et non gentil » prétendument installé dans la République depuis sa fondation – une formule alambiquée pour désigner les juifs. La langue des droits naturels et de la résistance à la tyrannie devenait ainsi le véhicule d’un fantasme antisémite de dépossession nationale.
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