[Cet article a été publié pour la première fois sur notre site le 8 novembre 2025, et republié le 23 octobre 2026]

À chaque âge sa littérature. À l’enfance, la poésie ; à l’adolescence, le drame ; à la jeunesse, l’épopée ; et à la vieillesse, le prestige de la philosophie. Il n’y a que l’âge moyen qui soit dépourvu de style à la loterie littéraire. Ou, en tout cas, sans autre muse que celle de l’ennui : alors que les dieux chérissent ceux qui meurent jeunes, nous qui avons entre 40 et 50 ans ne pouvons compter que sur l’affection des vendeurs de plans d’épargne retraite. En atteignant l’âge de 45 ans, on le sent : au banquet de la vie, on se fait servir des brocolis.

“Le nombre de nos années ? Soixante-dix, quatre-vingt pour les plus vigoureux !”, nous dit la Bible… pour mieux nous assommer dans la foulée : “Leur plus grand nombre n’est que peine et misère ; elles s’enfuient, nous nous envolons.”

Âge équivoque

Une chose est sûre, après 45 ans, on bascule dans l’ubac de la vie, son versant sans soleil – et d’autant plus quand, comme moi, on atteint cet âge en étant bon fumeur, et encore meilleur buveur. Arrivé à 35 ans, Dante se trouvait “dans une forêt obscure”. À 55 ans, le poète anglais Philip Larkin se trouvait réveillé à l’aube (insomnie ou prostate, nul ne le sait), voyant