LETTRE DE RIO DE JANEIRO
Le rendez-vous est donné un dimanche matin à 6 h 30, à l’extrémité sud de la mythique plage de Copacabana, à Rio de Janeiro. Alors que le lever du soleil rougit les vagues, ils sont plusieurs groupes de six ou sept pêcheurs à user de toutes leurs forces pour mettre leurs lourdes barques à la mer.
Comme tous les jours, ils s’en vont à trois retirer les prises des filets disposés à une poignée de kilomètres de la plage qui, au loin, commence déjà à se remplir de baigneurs. « Aujourd’hui, on ramène les filets avec nous. Il y a un risque de tempête lundi, donc on ne sortira pas. Les poissons qui se prendront dans les filets risquent de ne plus être bons », pense Joao Valerio, 29 ans, aidé de Rodrigo et Cesinha, ses deux partenaires. Alors que les rives s’éloignent, apparaissent derrière eux le Christ rédempteur, la montagne des Deux-Frères, la plage d’Ipanema, mais aussi les pentes colorées des favelas du Pavao-Pavaozinho et de Vidigal, d’où les trois pêcheurs sont originaires.
Les trois amis sont membres de la colonie de pêcheurs appelée « Z13 », fondée par l’Etat brésilien en 1923. « La fondation de ces colonies repose sur deux prémisses : le besoin de profiter de l’immense littoral brésilien pour développer une industrie de la pêche et, dans le contexte de la fin de la première guerre mondiale, la nécessité de défendre les frontières. En 1919, l’Etat engage donc une expédition à travers le pays, qui durera plusieurs années. Plus de 800 colonies, sont créées, dont la Z13 », raconte Luzimar Soares Bernardo, docteure en sciences sociales de l’université de Sao Paulo et autrice d’une thèse sur la colonie.
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