La somptueuse villa surplombe le lac Léman, masse liquide en contrebas où se réfléchissent les humeurs du ciel, maussades en ce jour mouillé de mai 2026. Cernée d’une épaisse haie et coiffée de pins et de peupliers, la bâtisse s’accroche au flanc des coteaux vaudois semés de vignobles. Ahmed Ben Bella s’y sentait en sécurité, anonyme noyé dans la fraîche verdure de ce village suisse, Begnins, entre Genève et Lausanne. Un havre roboratif pour cette figure de la révolution algérienne qui avait repris dans l’exil son bâton de pèlerin militant après une détention de quinze ans (1965-1980) dans les geôles d’Alger.
Begnins, ou le quartier général du premier président de l’Algérie indépendante s’activant à renouer avec son destin interrompu par le coup d’Etat du colonel Houari Boumediene, qui l’avait chassé en 1965 du pouvoir à l’issue d’une féroce lutte de clans. « Il est resté là pendant une vingtaine d’années, discret. Il ne sortait que la nuit, personne ne le voyait », raconte Noé Graff, pointant un index sur l’auguste refuge, racheté par… un pied-noir d’Oran après la mort de Ben Bella, en 2012.
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