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«Asimbonanga» de Johnny Clegg & Savuka, un hommage à Nelson Mandela

Cette chronique propose de raconter la grande histoire à travers des chansons populaires devenues des repères collectifs. Chaque épisode part d’un morceau pour révéler ce qu’il raconte d’un événement historique, d’une époque, d’un fait social ou culturel. Une chanson a redonné un

«Asimbonanga» de Johnny Clegg & Savuka, un hommage à Nelson Mandela
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Des refrains pour l'Histoire

«Asimbonanga» de Johnny Clegg & Savuka, un hommage à Nelson Mandela

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Cette chronique propose de raconter la grande histoire à travers des chansons populaires devenues des repères collectifs. Chaque épisode part d’un morceau pour révéler ce qu’il raconte d’un événement historique, d’une époque, d’un fait social ou culturel. Une chanson a redonné un visage à un homme que le pouvoir voulait rendre invisible. La chanson devient l'un des hymnes internationaux de la lutte contre l'apartheid et contribue à faire de Mandela le symbole mondial de ce combat.

Le chanteur Johnny Clegg et les danseurs du groupe sud-africain Savuka se produisent sur scène au Zénith de Paris le 10 mai 1988, dans le cadre de trois concerts consacrés à la lutte contre l'apartheid.
Le chanteur Johnny Clegg et les danseurs du groupe sud-africain Savuka se produisent sur scène au Zénith de Paris le 10 mai 1988, dans le cadre de trois concerts consacrés à la lutte contre l'apartheid. Bertrand GUAY / AFP
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C’est l’été 1986 en Afrique du Sud, le pouvoir blanc a décrété l’état d’urgence : les manifestations contre l’apartheid se multiplient et sont violemment réprimées. Dans tous les esprits plane une figure : celle de Nelson Mandela, emprisonné depuis 24 ans. Son nom, tout le monde le connaît, mais sa figure a été effacée de l’espace public, le pouvoir a interdit les photos de lui. Des générations entières ont grandi sans connaître son visage. Et c’est le cas de Johnny Clegg, un chanteur blanc qui a grandi au milieu de musiciens zoulous. « On n'avait jamais vu Mandela alors que, pour nous, le simple son de son nom évoquait la promesse d'une nouvelle Afrique du Sud ». Le chanteur a alors 33 ans à l’époque et compose alors cette chanson, « Asimbonanga » — « celui que nous n'avons pas vu », en zoulou - qui sort un an plus tard.

Tout, dans cette chanson, est un défi lancé au régime de l'apartheid. Le titre et la décision de prononcer le nom, Mandela. Quand, à l'époque, les autres musiciens préfèrent lui donner un surnom pour échapper à la censure. Et puis il y a le groupe de Johnny Clegg, Savuka, le seul à l'époque à réunir des musiciens noirs et des musiciens blancs. Enfin, le choix des langues : des couplets en anglais, des refrains en zoulou.

Là où l'apartheid divise, Johnny Clegg rassemble, comme Mandela

Dans les paroles aussi, le chanteur s'inspire de ce symbole de la lutte anti-apartheid et notamment de ce discours mémorable prononcé lors du procès de Rivonia, juste avant d'être condamné. « Qui saura trouver les mots pour abolir la distance entre toi et moi ? », chante quant à lui Johnny Clegg. Sans surprise, la chanson est interdite en Afrique du Sud, mais elle fait le tour du monde et cela contribue à l’inexorable déclin du régime d'apartheid.

Le 11 février 1990, le monde entier a les yeux rivés sur le visage lumineux de cet homme libre, à 71 ans, un jour que Johnny Clegg évoque en l’an 2010 sur RFI : « C’était fantastique. Pour moi, c’était comme si les nuages s’étaient dissipés pour faire place au paradis ».  

Se doute-t-il à l’époque que Madiba, devenu le premier président démocratiquement élu d'Afrique du Sud, lui offrira sans doute le plus beau cadeau de sa carrière ? Au printemps 2000, lors d'un concert à Francfort, alors qu’il entonne « Asimbonanga », Mandela, sur la pointe des pieds, le rejoint sur scène, sans le prévenir.

Ému, comme un enfant devant son idole, Johnny Clegg lui tend le micro. Mandela dit : « C'est la musique et la danse qui me mettent en paix avec le monde et avec moi-même. D'ailleurs, au fond, je ne vous ai pas beaucoup vus danser. Et si on reprenait ? »  

Et Johnny Clegg de recommencer la chanson, aux côtés de Nelson Mandela qui se met à danser, le visage éclairé par un sourire radieux.  

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