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Assassin revient après 26 ans de silence avec «Intelligence artisanale»

Vingt-six ans après l'album Touche d’espoir, le duo mythique du rap français, Rockin’ Squat et Doctor L, sont de nouveau réunis. Les deux figures historiques du hip-hop hexagonal signent Intelligence artisanale. Et ils n'ont rien perdu de leur tranchant.

Assassin revient après 26 ans de silence avec «Intelligence artisanale»
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Assassin revient après 26 ans de silence avec «Intelligence artisanale»

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Vingt-six ans après l'album Touche d’espoir, le duo mythique du rap français, Rockin’ Squat et Doctor L, sont de nouveau réunis. Les deux figures historiques du hip-hop hexagonal signent Intelligence artisanale. Et ils n'ont rien perdu de leur tranchant. 

«Intelligence artisanale», le nouvel album d’Assassin, le 16 octobre 2026.
«Intelligence artisanale», le nouvel album d’Assassin, le 16 octobre 2026. © Tom Kan
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Tout part du bouillon culturel du XVIIIe arrondissement de Paris, autour de Mathias Cassel, alias Rockin’ Squat, frère du célèbre acteur Vincent Cassel. Rappeur, producteur et DJ, aujourd’hui âgé de 57 ans, il refuse très tôt de se plier aux diktats de l’industrie musicale et crée son propre label. Un choix visionnaire, devenu depuis un modèle pour les futures générations d’artistes, au service d’un rap libre, radical et politique.

Nous sommes en 1985. François Mitterrand est à l’Élysée depuis quatre ans, le Front national de Jean-Marie Le Pen gagne du terrain en agitant la peur de l’immigration, SOS Racisme lance son slogan « Touche pas à mon pote »,  NTM, MC Solaar et IAM n’existent pas encore, Assassin, lui, contre-attaque déjà avec « Peur d’une race ». Un titre emblématique d’un groupe qui n’a jamais dissocié la musique de l’engagement. Trois Disques d’or plus tard, les voilà de retour.

Rockin ‘Squat, pourtant, n’a jamais chômé, multipliant les projets durant le long  silence discographique d’Assassin. Intelligence artisanale marque leur  retour aux fondamentaux du rap et aussi les retrouvailles avec Doctor L. Racisme, immigration, violences policières, colonisation, les deux rappeurs n’ont rien perdu de leur tranchant.

Côté son, la signature reste celle du boom bap, avec ses rythmes lourds,  ses influences jazz, soul et funk venues de la côte Est américaine. Par son art du sampling, Assassin a su imposer ce groove en France et conquis sa place au panthéon du flow à coups de combats depuis quarante ans.

Entretien avec Rockin’ Squat

RFI : Vingt-six ans après Touche d’espoir, pourquoi Assassin avait-il encore quelque chose à dire ?

Rockin’ Squat : D’abord, c’est un vrai plaisir de retravailler avec Doctor L. C’est ce qui nous a remotivés à sortir cette collaboration sous le nom d’Assassin. J’ai publié plus de vingt albums depuis Touche d’espoir, donc des choses, j’en ai dit en pagaille ! (Rires) Mais vu la situation sociale et politique en France, et plus largement dans le monde, nous pensons que le rap d’un groupe comme le nôtre a toujours sa place. Nous sommes des artistes libres, enchaînés à aucune structure financière qui nourrirait notre musique. C’est très rare de nos jours. Il faut en profiter.

Intelligence artisanale semble opposer l’intelligence artificielle au savoir-faire humain ?

Ce n’est pas vraiment une opposition, plutôt un rappel. Pendant que la technologie avance, l’artisanat, lui, est toujours bien présent. Même l’IA a été créée par des humains. Ce qui me paraît bien plus tendu, c’est la manière dont ces nouvelles technologies vont servir à nous contrôler davantage et à rogner nos libertés. C’est là que se situe le vrai problème pour la population. Je pense qu’on n’en est qu’au début d’une ère dont le scénario dépasse celui des films de science-fiction les plus fous.

Assassin s’est construit a partir de 1985 contre les majors, avec une idée bien précise de l’indépendance artistique. Que signifie encore cela pour vous en 2026 ?

Au départ, nous ne voulions pas être indépendants, mais simplement discuter les conditions d’exploitation de notre art. On nous a vite fait comprendre que l’industrie musicale ne discute pas. Passer en indé est devenu une nécessité pour exister, sinon nous ne pouvions rien sortir. Un vrai parcours du combattant, surtout à une époque où l’on ne disposait pas des moyens d’autoproduction d’aujourd’hui. Mais nous y avons beaucoup appris, et touché à plein de métiers différents. À 57 ans, je ne saurais même pas te dire quel est mon métier, tant j’en ai exercé pour être encore là à te parler aujourd’hui. (Rires)

À l’époque, votre rap dénonçait déjà les violences policières, la peine de mort, la manipulation des médias, la France raciste, la politique anti-immigration... Quel est votre constat aujourd’hui ?

J’aime cette citation du philosophe grec Héraclite : « La seule constante dans la vie, c’est le changement. » Beaucoup te diront que rien ne bouge, alors que tout change tout le temps. C’est la seule certitude. En bien ou en mal, cela dépend de tes centres d’intérêt, de ta position géographique, sociale, culturelle, religieuse. La France des années 1980 n’a plus rien à voir avec celle de 2026. Mais le pouvoir économique, culturel et politique reste plus que jamais aux mains des dominants, toujours au-dessus des lois et jamais condamnés malgré leur corruption, leur évasion fiscale et leur politique sanguinaire, voire génocidaire, envers leur population comme envers celles d’autres pays. Je ne fais aucune confiance aux élites, et c’est pourquoi on ne me voit jamais à leurs côtés. Je ne serai jamais leur marionnette, même contre des millions d’euros.

Vous avez influencé toute une génération de rappeurs. Que voulez-vous transmettre aux jeunes qui vous découvrent avec Intelligence Artisanale ?

Nous ne cherchons pas à parler aux jeunes, ni aux vieux d’ailleurs. Mais oui, laisser une trace est très important, car c’est la transmission léguée par des millions de personnes avant nous qui m’a tant appris, en rencontrant des gens, en les écoutant, en lisant, en regardant des films et des documentaires, en voyageant. La richesse de l’humanité, c’est cette connaissance acquise puis partagée par les êtres humains. Voilà le vrai trésor sur cette terre. J’ai confiance en celles et ceux qui aiment la nature et les animaux. Ceux qui ont du cœur, ce sont eux que je regarde. Les autres, les âmes transparentes, cela fait plus d’un siècle que je ne les vois plus !

Assassin Intelligence artisanale, sortie le 16 octobre 2026 et en tournée dans toute la France jusqu’en avril 2027.

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