« Quand les cheveux des enfants ont commencé à tomber, quand des plaques sont apparues sur la peau, on s’est rendu compte qu’il se passait quelque chose… » A la fin des années 1990, Luz Ramirez, auxiliaire de petite enfance de 48 ans, était une adolescente du quartier Los Industriales, un ensemble de maisons à caractère social édifié par l’Etat quelques années plus tôt en périphérie de la ville d’Arica, dans le nord du Chili, pour faire face à la croissance de cette cité portuaire.
« Les autorités nous répondaient que c’était un problème d’éducation, un manque d’hygiène », glisse Luz Ramirez en déambulant dans les ruelles poussiéreuses de ce quartier qu’elle a quitté il y a quatre ans. Situé près de la route panaméricaine et des premières élévations du désert d’Atacama, le secteur a pourtant vu les maux se multiplier : les céphalées, les douleurs osseuses, puis les maladies, y compris les cancers.
« Dans une zone de sept rues qui compte cent maisons et environ 300 habitants, nous avons recensé, des années 1990 jusqu’en 2021, 60 cas de cancer, dont 45 mortels », rapporte Rodrigo Pino. Cet anthropologue de 65 ans né à Arica connaît l’affaire sur le bout des doigts. Il a mené des études de terrain et soutenu les actions juridiques des habitants.
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