L’enlèvement par les Etats-Unis, le 3 janvier, du président contesté du Venezuela, Nicolas Maduro, avait été applaudi par ceux qui estimaient que la fin justifiait les moyens, même si cela passait par le piétinement du droit international. Ces voix ont été plus discrètes après l’annonce par Donald Trump, le 28 août, d’un accord léonin, qui, s’il est appliqué, permettra à Washington de prendre le contrôle d’entre un quart et un cinquième des gigantesques réserves pétrolières de ce pays.
Rien ne va dans ce qui tient plus du diktat que d’un véritable compromis. Il consacre tout d’abord une prédation digne des empires coloniaux de la pire époque sur la terre d’un bolivarisme soucieux alors de relations entre Etats empreintes de respect mutuel. Cette prédation ne surprendra personne puisqu’elle était au cœur des interventions du président des Etats-Unis destinées à justifier cette opération militaire unilatérale.
L’accord sur le pétrole achève de démontrer que cette opération avait moins pour objectif d’écarter un régime emporté dans une dérive dictatoriale, responsable d’un état de déliquescence que le double séisme de juin a tragiquement mis en évidence, que de remplacer Nicolas Maduro par une personnalité à la botte de Washington, en l’occurrence son ancien bras droit, Delcy Rodriguez.
Réaction virulente de l’opposition vénézuélienne
La mise hors jeu de l’héritier du chavisme, qui avait obstinément mis en panne les institutions de son pays pour se maintenir à sa tête, aurait pourtant dû être suivie prioritairement de leur remise en état de marche. Tirer de l’ornière le Venezuela promet d’être difficile après plus de deux décennies d’errements. Ce défi rend impérative l’émergence d’un pouvoir disposant de la légitimité que seul le suffrage universel peut conférer.
Présidente par intérim, Delcy Rodriguez ne peut en rien se prévaloir de cette légitimité, surtout pour un accord qui est censé engager son pays pour plusieurs décennies. L’opposition vénézuélienne a donc réagi avec virulence à ce qu’elle considère comme un coup de force quasi mafieux. D’autant qu’elle redoute que l’accord fasse passer au second plan, à Washington, la restauration démocratique du pays, dont les bases viennent seulement d’être posées, avec le dialogue national engagé il y a moins d’un mois.
Les critiques ne manquent pas non plus s’agissant du versant américain de l’accord. Les compagnies pétrolières des Etats-Unis ayant manifesté peu d’enthousiasme à investir dans un pays failli, faute, justement, d’institutions qui fonctionnent et d’un cadre légal clair, l’Etat fédéral va jouer les entrepreneurs. Le Pentagone sera ainsi en première ligne, en s’appuyant sur un intermédiaire vénézuélien, qui a su profiter du régime chaviste pour s’enrichir et dont le nom est apparu dans des affaires de blanchiment d’argent. Un attelage particulièrement baroque.
Même si Donald Trump assure que l’aventure ne coûtera par un cent au contribuable américain, ce dernier risque d’en attendre longtemps les effets à la station-service, où les prix resteront probablement à des niveaux élevés, bien après les élections de mi-mandat prévues en novembre, du fait de la guerre ouverte au Moyen-Orient par le locataire de la Maison Blanche.
L’accord rendu public le 28 août illustre enfin la dérangeante obsession du président des Etats-Unis pour la ressource reine du XXe siècle dont la responsabilité est avérée dans le dérèglement climatique. Une obsession aussi anachronique que le néo-impérialisme à l’œuvre au Venezuela.