“L’eau hors de contrôle”, titre l’hebdomadaire Visão à la une de son édition du 27 août avec, en illustration, une bonde d’évier d’où l’eau s’échappe irrémédiablement. Au Portugal, “des millions de litres sont extraits [des nappes phréatiques], sans contrôle ni comptage, par des centaines de milliers de forages”, alerte l’hebdomadaire.

L’Agence portugaise de l’environnement (APA) délivre des autorisations de captage, mais reconnaît ne pas détenir de “liste des entreprises” autorisées à extraire l’eau par leurs propres moyens, ni de document précisant les volumes prélevés. “L’APA elle-même ne sait pas quelle quantité est retirée”, résume Rodrigo Proença de Oliveira, spécialiste de l’eau.

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Pour connaître les plus gros consommateurs, Visão a sollicité plusieurs organismes publics – dont l’APA – ainsi que de nombreuses municipalités. Certaines n’ont transmis les informations dont elles disposaient qu’après que l’hebdomadaire a menacé de recours pour entrave à l’accès aux documents administratifs.

C’est le cas de la municipalité de Lagoa, ville emblématique de la région de l’Algarve, dans le sud du pays, particulièrement sujette aux pénuries d’eau dues à la sécheresse. Selon les données transmises à Visão, une part importante des prélèvements hors réseau public serait l’œuvre des secteurs de l’agriculture et du tourisme. Par exemple, l’agriculture représentait près de 60 % de la consommation d’eau en 2020. Une large part proviendrait de forages privés servant à irriguer des cultures particulièrement gourmandes en eau, qui plus est destinées à l’exportation.

“L’Algarve exporte l’eau qu’il n’a pas, sous forme d’oranges et d’avocats”, alerte Nídia Braz, professeure à l’université de l’Algarve. Sans irrigation, précise-t-elle, les vergers d’agrumes ne résisteraient pas six mois. Le magazine dénonce notamment le faible prix de l’eau payé par certains gros consommateurs agricoles – qui se parent de labels “verts” – alors que la facture de la sécheresse retombe sur la collectivité.

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En 2024, le gouvernement a annoncé plus de 225 millions d’euros pour combattre la sécheresse en Algarve, dont 10 millions d’aide au secteur touristique. Les prix pratiqués par les collectivités territoriales pénaliseraient les ménages sans freiner suffisamment les consommations industrielles et touristiques. Au niveau européen, Bruxelles a ouvert une procédure d’infraction contre le Portugal pour l’insuffisante révision des contrôles sur les captages.