« C’était ça ou mourir », de Thélyson Orélien, Grasset, 272 p., 21,50 €, numérique 15 €.
Des tirs. Des cris. Un incendie. La scène inaugurale de C’était ça ou mourir fait l’effet d’un jeu vidéo, où le protagoniste, Jonas Dorléon, court pour sauver sa vie menacée par les gangs du quartier populaire de Carrefour-Feuilles, à Port-au-Prince, sans prendre le temps de s’arrêter sur l’horreur – un enfant au short rouge mort dans un caniveau. L’indifférence, la tyrannie de l’absurde frappent d’autant plus qu’on voit le héros parcourir des lieux familiers de la littérature haïtienne (Delmas, Croix-des-Bouquets, Jérémie), lus autrefois chez Yanick Lahens ou Lyonel Trouillot, maintenant vidés de tout espoir. Jonas Dorléon en est sûr : Haïti ne veut pas de lui, Haïti n’est même plus un pays. Avant de quitter sa maison, il lit une page de Compère Général Soleil, de Jacques Stephen Alexis (Gallimard, 1955), récit du destin tragique d’un jeune homme noir et pauvre. Une manière d’annoncer celui de Jonas Dorléon, professeur d’histoire-géographie et écrivain. Mais aussi de montrer que l’histoire, la géographie et la littérature façonnent le roman, à la fois odyssée intime et collective, cartographie des migrations contemporaines et hommage à la littérature haïtienne.
Salué en mars, lors de la parution au Québec, où l’auteur, né en Haïti, en 1988, vit depuis 2010, C’était ça ou mourir impose la voix ambitieuse et singulière de Thélyson Orélien. Pour faire tenir ensemble toutes les résonances qu’il embrasse, l’écrivain nous maintient en apnée dans l’action et la conscience du narrateur, à grand renfort de métaphores tragicomiques, de gradations, de sauts dans le temps, d’anaphores ou de vers de René Depestre – le grand poète franco-haïtien de l’exil, dont Jonas Dorléon a emporté un recueil dans un sac plastique.
La peur de la déshumanisation
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