Quatre ans après l’arrivée au pouvoir du premier président de gauche de l’histoire de la Colombie, l’héritage économique de Gustavo Petro s’est immiscé dans les débats à la veille du premier tour de l’élection présidentielle, qui aura lieu le dimanche 31 mai. D’un côté, le gouvernement se félicite des effets de sa politique sociale. De l’autre, l’opposition critique des acquis sociaux payés à crédit, qui plombent les comptes publics.

Or, bien que la recrudescence de la violence accapare une grande partie des débats, “l’économie est devenue un véritable cheval de bataille électorale”, souligne le média indépendant La Silla Vacía.

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Au début de mai, la pauvreté multidimensionnelle – un indicateur qui mesure non seulement les revenus, mais aussi l’accès à l’éducation, à la santé, au logement et aux services de base – a affiché un taux de 9,9 % en 2025, contre 11,5 % en 2024. L’effet de cette évolution est que “793 000 Colombiens sont sortis de la pauvreté en un an”, clamait alors le média public RTVC Noticias.

“Ce n’est pas un mince exploit”, affirme la journaliste Maria Teresa Ronderos dans le quotidien El Espectador, d’autant qu’une vaste enquête officielle montre que “les gens affirment en ressentir les effets dans leur propre chair”.

“Des comptes que quelqu’un devra payer”

Autre motif de fierté pour le gouvernement, la réduction du chômage, malgré une augmentation historique du salaire minimum de 23 % pour 2026 (passé de 445 à 548 dollars mensuels), décrétée contre l’avis du patronat et actuellement contestée devant le Conseil d’État. Le chômage est tombé à 9,2 % en février 2026 (contre 10,3 % un an avant), “son niveau le plus bas du siècle”, se félicite RTVC Noticias. Et l’inflation a également reculé, passant de 11,8 % en 2023 à près de 5 % en 2025, selon les chiffres officiels.

Mais ces politiques sociales ont un coût : pour les financer, le déficit public a frôlé les 6,5 % du PIB en 2025, alors que “les pays sérieux ne dépassent généralement pas les 3 %”, précise l’économiste Salomón Kalmanovitz dans El Espectador. Et la dette a dépassé les 61,3 % du PIB en 2024, contre 55,5 % en 2023, selon La Silla Vacía.

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Par ailleurs, l’opposition dénonce une croissance à la traîne, qui s’est limitée à 1,8 % du PIB par an en moyenne durant le mandat de Gustavo Petro. Un résultat inférieur à celui des gouvernements précédents et “décevant pour une économie émergente comme celle de la Colombie”, affirme El Colombiano. “Ce ne sont pas les entreprises qui investissent, ni la production des habitants qui mobilise l’économie colombienne, mais l’argent public”, ajoute le journal local. “Ce sont des comptes que quelqu’un devra payer.”

Une réduction du chômage en trompe-l’œil

Quant à la croissance de l’emploi, La Silla Vacía observe qu’elle se fait principalement dans le secteur informel : ces millions de Colombiens qui travaillent sans contrat – plus de 50 % du total des travailleurs –, sans protection sociale, sans droit au chômage ni à la retraite. Vendeurs à la sauvette, travailleurs domestiques non déclarés, recycleurs de rue… Qui ne bénéficient pas de la hausse du salaire minimum.

Alors, désastre ou succès ? Razón Pública livre un bilan nuancé. Pour ce média indépendant, on est très loin du “désastre annoncé” lorsque la gauche a remporté les élections, en 2022. Et la hausse de la croissance enregistrée en fin de mandat, autour de 2,5 % du PIB, a offert une bouffée d’oxygène au gouvernement. Mais “les recettes ne suffisent pas à soutenir le rythme des dépenses, et l’équilibre ne peut plus reposer sur la dette”.

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Reste à présent à savoir si les Colombiens valideront ces politiques keynésiennes aux résultats contrastés en élisant le dauphin de Petro, Iván Cepeda – la cote de popularité de Petro, “inhabituellement haute” pour un dirigeant politique en fin de mandat, comme le souligne la BBC en espagnol, lui a donné une longueur d’avance. Ou s’ils décideront de changer de cap en votant pour les programmes néolibéraux de la candidate de droite Paloma Valencia, qui promet d’importantes baisses d’impôts, ou du populiste d’extrême droite Abelardo de la Espriella, qui, inspiré par le libertarien argentin Javier Milei, entend tronçonner les dépenses publiques.