Avec «Scandale au Paradis», Anaïs Rosso impose son blues pop métissé
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Voix de ténor, blues pop singulier et influences mêlant Rita Mitsouko, Fugees et Wendo Kolosoy : la Franco-Congolaise Anaïs Rosso s’impose comme l’une des révélations des festivals d’été, avant la sortie de son EP Scandale au Paradis, où poésie et non-dits familiaux nourrissent une écriture engagée et intime.
Difficile de situer Anaïs Rosso sur la carte des univers musicaux. Avec sa voix de ténor, la jeune femme se promène entre les styles et les registres. Dans son studio maison situé sur les hauteurs de Paris, véritable laboratoire musical personnel, elle fait cohabiter la basse, les guitares et les claviers ; Les Rita Mitsouko, les Fugees ou Wendo Kolosoy, qu’elle revendique tous comme des inspirations. Résultat : une pop qui ne ressemble qu’à elle, à la fois recherchée et accessible, mélancolique autant que dansante.
Et si Anaïs Rosso parvient à se créer son propre style, c’est peut-être parce que la jeune femme s’est lancée dans la musique sur le tard. Pour elle, tout a commencé par de longues jams, des sessions musicales improvisées qu’elle organisait pour les autres. L’occasion de s’imprégner de différents univers avant d’apporter elle-même sa pierre à l’édifice. Elle se consacre aujourd’hui avec assiduité à la musique et passe quotidiennement huit heures dans son studio.
Mais là où la chanteuse excelle, c’est dans son écriture. Car avec elle, la poésie a autant d’importance que la composition. Avec l’espièglerie d’un Jacques Prévert, elle peuple ses textes de jeux de mots. Mais attention : la forme ne sacrifie jamais le fond. Au contraire, les paroles d’Anaïs Rosso lui servent à affirmer son identité, à mettre les mots sur une forme de malaise, comme dans la chanson « Confidence », ou à s’attaquer aux tabous, comme elle le fait dans le titre « Les Colombes ».
« J’avais envie de parler d’un état de la colonisation aussi, sans attaquer qui que ce soit, explique Anaïs Rosso. Et la force des mots permet ça. Je parle des colombes [jeu de mot avec colons-be, ndlr]. À partir de là, tu dis ce que tu veux, ce qui est innentendable, et j’adore le fait que les colom-bes soient blanches. Je m’amuse avec ça et c’est ma liberté. »
Blues pop métissé entre France et Congo
Chez la chanteuse, cette histoire n’est pas seulement un problème de société. Les textes d’Anaïs Rosso font avant tout écho à une histoire profondément intime : celle d’une jeune femme issue d’une famille métissée, de parents congolais, mais d’un grand-père français et casque bleu, où les non-dits prennent plus de place que les paroles.
« Je surfe sur le non-dit. Si ma famille avait un nom, ce serait “Non-dit”. Et ce que j’adore faire, c’est déranger cette famille qui est aussi universelle, parce qu’il y a énormément de familles où le non-dit réside et persécute aussi l’entourage. Et ce que j’adore faire, c’est vraiment parler de ce qui gêne », dit-elle.
Son histoire, c’est aussi celle d’une jeune femme qui a perdu son père très petite, coupée donc d’une partie de son histoire. Comme cette langue, le lingala, qu’on ne lui a jamais transmise et qu’elle se réapproprie dans certains textes de son futur EP, fort à propos intitulé Scandale au Paradis, comme un clin d’œil à cette volonté qu’elle a de bousculer autant que de réconcilier.
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