Séries. C’est quoi tous ces ados matures et si peu rebelles ?
Quand on songe aux représentations de l’adolescence dans les séries et les films des années 2000, on pense (surtout) sexe, drogue, rébellion, alcool et décadence (avec Skins en mètre étalon).
Aujourd’hui, ce n’est plus tout à fait le même lexique… On dirait plutôt : tableur, bibli, routine, performance et plan de carrière.
“Dans Sterling Point, Annie a l’air de s’éclater en organisant une belle feuille de calcul”, note le site britannique The Independent, qui s’interroge : “Depuis quand les ados des séries pour jeunes adultes se comportent en quadragénaires ?”
“C’est certesune représentation fictivede l’adolescence,mais cette retenueun peu guindée témoignede la vie de cette jeunesseet de la manière dontelle essaie de réussir.”
Le site britannique The Independent
Il y a Hannah, la première de la classe dans Off Campus (Prime Video) ; Jackie, l’étudiante collet monté qui s’apprête à entrer à Princeton dans Ma vie avec les Walter Boys (Netflix) ; et Ruby, l’ambitieuse lycéenne boursière de Maxton Hall (Prime Video), énumère le site britannique.
“Des travaux de rechercheont montré quele perfectionnismechez les étudianteset les étudiantsatteignait des sommets,car cette générationse prépare à intégrerun marché du travailimpitoyable qui estde plus en plus réorganisépar l’IA, tout en se frayantun chemin dans une cultureen ligne qui appelleconstammentà l’optimisation de soi.”
Le site britannique The Independent
Il se peut que ces récits d’apprentissage soient tout simplement le reflet d’une réalité concrète.
Chaque nouvelle tendance déployée sur les réseaux sociaux – à grand renfort de suffixes (maxxing, core) – semble destinée à enrichir un essai qu’on pourrait baptiser “Votre burn-out avant la trentaine” ou “Le Culte de la performance dans le capitalisme tardif”.
Du looksmaxxing aux influenceurs qui prônent le “5 to 9” (la tendance qui consiste à se lever à l’aube pour accomplir une autre activité avant de se rendre au bureau), la Gen Z s’emploie surtout à cultiver le surmenage dans tous les aspects de sa vie.
“Megan Park a peut-être signé le succès phare de l’été avec Sterling Point, qui dépeint à la perfection toute la complexité de la Gen Z”, s’enthousiasme même le magazine américain spécialisé Rolling Stone.
“Une pression considérable s’exerce sur les femmes de tous âges pour qu’elles soient parfaites, pour qu’elles prennent tout en charge”, analyse Megan Park, cocréatrice et coproductrice de Sterling Point, interviewée par The Independent.
Andrew Levey, psychologue à LightLine Therapy, travaille avec des ados à New York et corrobore : “Les enfants s’entendent dire très jeunes qu’ils doivent réussir, sans doute plus que les générations précédentes, au point qu’ils développent de très bonne heure un état d’esprit guidé ou obnubilé par la réussite professionnelle.”
“Dans les sériesd’apprentissagequi mettent en scènedes personnagesde la Gen Z, on entendune génération qui portedes fardeaux d’adultesbien avant d’atteindrela majorité.”
Le site britannique The Independent
Dans chacune de ces séries, un peu comme chez Molière, les protagonistes rigides finissent par voler en éclats. Le schéma initial est ébranlé à la faveur d’un retournement plus ou moins violent qui fait vaciller les certitudes des personnages.
Annie s’envole au Canada, et commence à donner la priorité à sa santé mentale ; Jackie se laisse entraîner dans un triangle amoureux avec deux frères, et Ruby tombe éperdument amoureuse de son meilleur ennemi, James.
“La carapacede ces personnagesfinit par se fissurer.Leurs complexitéssont peu à peu révélées,ils découvrentle désir et finissentpar se comporteren ados.”
Le site britannique The Independent
Comme souvent dans la fiction, ça finit bien. C’est la recette du succès de ces séries, qui représentent la Gen Z avec une certaine justesse (ses aspirations, ses habitudes, ses espoirs et ses désillusions).
Mais parfois, on aimerait juste rêver à autre chose.—
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