Alors qu’elle fait la navette entre Munich (où elle a passé presque toute sa vie) et Barcelone (où elle vit désormais) depuis trois ans, Kari Egeling se demande, dans la Süddeutsche Zeitung, où est-elle vraiment “chez elle”. Pour elle, comme pour beaucoup de jeunes, définir le foyer est quelque chose de complexe :

“Pour beaucoup de jeunes, le foyer n’est plus un lieu fixe. Ce n’est plus une chambre d’enfant, un appartement, une maison, ni une ville précise. C’est plutôt une sensation, une odeur, une relation, un cercle d’amis.”

Alors que de plus en plus d’Allemands, notamment les moins de 40 ans, envisagent de s’expatrier, les notions mêmes de chez-soi et d’identité se trouvent bousculées. Pour le sociologue Florian Gratzl, qui étudie le lien entre le logement et la pensée à l’université Goethe, à Francfort, le foyer reste primordial, car il sert à deux choses : être un refuge et permettre de se remettre en question. Il y voit un besoin de stabilité face à un monde mobile. “Face à la hausse des loyers et à la crise du logement”, le foyer est, selon le chercheur, “un lieu que l’on désire”. D’ailleurs, les jeunes, attirés par une vie mobile, des études ou un travail à l’étranger, aspirent aussi à devenir propriétaires, selon les sondages récents.

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Bien sûr, “pour certains, rester dans leur pays d’origine est un privilège. Pour d’autres, c’est quitter leur pays d’origine qui l’est”, souligne la jeune journaliste, dont le compagnon, colombien, a quitté son pays pour l’Espagne. Son “plus grand privilège” : le fait de pouvoir partir simplement puis de revenir chez elle à sa guise pour se reconnecter à ses origines. Pour elle, il faut avant tout sauver l’idée de foyer et de patrie pour ne pas la laisser à l’extrême droite, qui la dit menacée et en a une vision reposant sur l’exclusion.