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Ce que les astronautes verront pendant l’éclipse

Sophie Adenot sera dans la Station spatiale internationale (ISS) pendant l’éclipse totale du 12 août 2026 ! Tandis que l’astronaute française nous dit ce qu’elle a prévu ce jour-là, son aîné Jean-Pierre Haigneré se souvient de celle qu’il a contemplée d’en haut en 1999. On lui doi

Ce que les astronautes verront pendant l’éclipse
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Publié le 07/08/2026

Ce que les astronautes verront pendant l’éclipse

Sophie Adenot sera dans la Station spatiale internationale (ISS) pendant l’éclipse totale du 12 août 2026 ! Tandis que l’astronaute française nous dit ce qu’elle a prévu ce jour-là, son aîné Jean-Pierre Haigneré se souvient de celle qu’il a contemplée d’en haut en 1999. On lui doit la toute première photo d’une éclipse totale depuis l’espace.

  • par Guillaume Langin

    Journaliste à Ciel & Espace

Pour nous, pauvres Terriens, une éclipse se contemple de bas en haut. Mais pour les quelques astronautes qui séjournent dans l’espace, il s’agit de braquer le regard vers le bas, en direction de notre chère planète. À sa surface navigue l’ombre de la Lune. En bloquant la lumière du Soleil, notre satellite naturel produit une tache obscure. Pour chaque âme qui se trouve en dessous, c’est l’éclipse totale : la nuit en plein jour pendant quelques minutes.

Sept à la fenêtre

Pour l’éclipse du 12 août 2026, la Française Sophie Adenot sera encore dans la station spatiale internationale (ISS), en compagnie de sept autres astronautes. « J’ai très envie de pouvoir l’observer, la photographier et surtout partager cette expérience avec le plus grand nombre », répond-elle à Ciel & Espace. Mais l’astronaute de l’ESA pourrait ne pas en profiter autant qu’elle le désire. « Je connaîtrai mon emploi du temps seulement deux à trois jours avant l’éclipse. Il y aura peut-être des contraintes opérationnelles qui feront que je ne serai pas du tout disponible sur ce créneau. » Voilà plusieurs semaines que l’astronaute est envisagée pour prendre part à une sortie extravéhiculaire, en scaphandre dans l’espace.

Pour contempler l’ombre de la Lune, il faudra aussi jouer des coudes avec ses camarades de bord. « Il y a deux types d’endroits à bord de l’ISS où il y a régulièrement des embouteillages : les toilettes et les plus beaux points de vue sur la Terre », s’amuse la Française. Les deux meilleurs balcons sur notre monde se situent la Cupola, un compartiment doté d’une ample fenêtre à sept carreaux, et le WORF (ou « World observation research facility »), une grande fenêtre intégrée dans module scientifique Destiny. « Le 12 août 2026, nous serons sept à vouloir prendre des photos en même temps. J’espère y avoir accès ! » poursuit Sophie Adenot. Parions que la seule Européenne à bord bénéficiera d’une forme de priorité sur une éclipse qui se produit sur le Vieux Continent !

Voir une ombre ambulante

L’astronaute pourrait alors observer cette ombre de la Lune glisser au fil du jour depuis l’extrême nord de la Sibérie, où elle sera apparue. Puis survoler le pôle Nord, descendre le long de la côte est du Groenland, frôler l’Islande, surfer sur les vagues de l’océan Atlantique, pour enfin terminer sa course en pays espagnol. Un parcours effectué à une vitesse de plus de 2000 km/h, que seuls les avions supersoniques sont capables de poursuivre. Mais qui, depuis 400 km d’altitude, semble défiler tranquillement.

Jean-Pierre Haigneré, l’un des onze astronautes professionnels français à s’être rendu dans l’espace, se souvient de l’éclipse du 11 août 1999. Il vivait à cette date les derniers instants d’une mission dans la station Mir. Pendant près de six mois à bord, l’astronaute avait développé une certaine fascination pour la beauté de notre planète. « J’avais une sphère parfaite sous les yeux, mais avec ses humeurs, ses couleurs changeantes. Elle est la seule chose qui vit dans 99% d’univers néant », se souvient l’astronaute.

Proche du terme de sa dernière mission, Jean-Pierre Haigneré ne s’intéresse plus à la recherche de la muraille de Chine, la Corse, ou tout autre site géographique que l’humanité a bâti ou étiqueté. L’astronaute est… contemplatif. « Lorsque je regardais la Terre, je n’utilisais plus la partie de mon cerveau qui gouverne la raison, mais celle qui gouverne les émotions. Autrement dit, à la fin, je ne photographiais plus que les nuages ». Les nébulosités abstraites dans l’atmosphère sont « comme un maquillage de la Terre ».

« La Terre parfaite altérée d’une disgrâce »

Des nuages, il y en a justement en ce 11 août 1999 sur le nord de la France, de la Normandie à l’Alsace, le long de l’itinéraire que doit parcourir l’ombre de la Lune. C’est alors que pour les Français, l’éclipse commence. « J’ai alors vu la Terre parfaite s’altérer d’une disgrâce, d’un noir approximatif, aux contours mal dessinés, raconte Jean-Pierre Haigneré.  Et dans mes notes de voyage, je m’étais pris à la comparer à une trace sale que la figure mythologique Atlas aurait laissée sur la robe blanche d’une jolie femme, du bout d’un doigt souillé de cambouis, comme le sont les doigts d’un garagiste. »

Photo historique et surprise géométrique

Au-delà des mots, Jean-Pierre Haigneré s’est illustré cette année-là en prenant un cliché considéré comme la première photo d’une éclipse totale depuis l’espace. « Mon appareil était un Nikon F5 argentique avec un téléobjectif de 300 mm », se souvient encore l’astronaute. L’affaire n’était pas aussi simple qu’elle ne l’est qu’aujourd’hui. À défaut de télétransmettre sa photo, numérique, pour qu’elle soit partagée sur internet dans les minutes qui suivent, il fallait à l’époque rentrer sur la planète avec les pellicules dans son sac. Et espérer que celles-ci aient réchappé aux rayonnements énergétiques qui sévissent dans l’espace, qui risquaient de les effacer. Mais la photo de Jean-Pierre Haigneré a survécu. Elle fera la une de plusieurs journaux en 1999.

Avant de décoller pour la station Mir, Jean-Pierre Haigneré ne savait pas qu’une éclipse totale devait survenir en fin de mission. Faute d’images l’ayant précédé, et sans témoignage passé d’un autre astronaute, Jean-Pierre Haigneré a même été surpris par ce qu’il a vu : « Depuis la Terre, les éclipses font intervenir des formes géométriques parfaites. Je m’attendais à un disque bien dessiné. Mais cette tache était diffuse, nuancée, aux couleurs irrégulières. » Le flou qui entoure le centre de l’ombre est celui de la pénombre. Une région pas tout à fait noire, mais plus sombre, car éclairée seulement par une portion des rayons du Soleil (ceux qui ne passent que d’un seul côté de la Lune).

27 ans et 1 jour plus tard, Sophie Adenot sait donc à quoi s’attendre. Mais en se hissant sur les épaules des astronautes qui l’ont précédée dans l’espace, peut-être que la Française saura y dénicher un détail optique que personne, jusqu’ici, n’avait su voir ou photographier…

MOTS-CLÉS :
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