Moscou s’obstine à parler d’“opération militaire spéciale”, depuis le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en février 2022. Mais en tchétchène, en tchouvache ou en touvain, des internautes n’apprécient guère l’euphémisme et emploient sans détour le terme de “guerre”. “Nous avons perdu notre fils, notre batyr [‘héros’ en bachkir], dans cette guerre maudite”, écrit ainsi un utilisateur, sous l’annonce de la mort d’un soldat originaire du Bachkortostan, l’une des républiques de la fédération de Russie, située dans le sud-ouest du pays. Là, les langues nationales sont largement usitées, tout comme au Tatarstan, en république de Sakha ou en Bouriatie.
Pour mesurer ce contraste, le média indépendant russe en exil Novaïa Gazeta Europe a épluché 53,2 millions de commentaires publiés entre janvier 2022 et juillet 2026 sur les réseaux sociaux VKontakte et Telegram, dans 21 700 groupes et canaux régionaux, des pages d’actualité aux espaces de discussion locaux. Pour reconnaître les langues minoritaires, la rédaction a repéré les lettres spéciales propres à chacune d’elles et leurs mots les plus fréquents, puis écarté les messages trop courts ou impossibles à identifier avec certitude. Le média a retenu près de 685 757 messages.
Une guerre “absurde”, “cruelle”, “ignoble”
Le pou
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