Un rapport de la police espagnole, dont El Español a révélé des extraits mercredi 2 septembre, sème le doute sur l’attitude des forces de l’ordre marocaines lors de la crise migratoire de Ceuta des 30 et 31 juillet, lorsque plusieurs dizaines de milliers de personnes sont entrées dans l’enclave espagnole d’Afrique du Nord.

Selon le média conservateur en ligne, les enquêteurs du Centre national de l’immigration et des frontières (Cenif) y relèvent un “déploiement policier sensiblement plus réduit que d’ordinaire aux abords de la frontière”, au moment où se tenait la Fête du Trône à Rincón/M’Diq, non loin. Ils dénoncent la “totale permissivité” de la réponse des policiers marocains, qui n’auraient pas sérieusement tenté “de réduire, disperser ou éloigner la masse de personnes du périmètre frontalier”.

“Dans les entretiens réalisés, les migrants racontent de façon pratiquement unanime que les forces de police, non seulement restaient passives face aux tentatives d’entrée, mais leur indiquaient en plus de passer par la mer”, ajoute le rapport de 55 pages. Celui-ci inclut même un “montage photographique d’agents marocains présumés en uniforme”. Selon El País, qu’il ne s’agissait pas d’un “accident”, mais plutôt d’une “opération délibérée” visant à “empêcher l’Espagne de réagir”, contrairement aux précédents mouvements migratoires de 2021 et 2024.

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Déni du gouvernement

Ce rapport embarrasse le gouvernement de Pedro Sánchez, qui a constamment dédouané Rabat de toute responsabilité, assurant encore lundi sur la radio Cadena Ser qu’“aucun service de renseignement avec lequel le gouvernement espagnol collabore habituellement ne faisait apparaître […] quelque doute que ce soit quant à la participation, d’une manière ou d’une autre, des autorités marocaines”.

Le ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a pour sa part multiplié les mises au point tout au long de la journée, affirmant qu’aucun rapport n’imputait l’assaut à un gouvernement ou à un service, “l’auteur intellectuel dudit assaut” demeurant à ce jour inconnu, rapporte le journal en ligne conservateur El Independiente.

Quant au chef de la police espagnole, Francisco Pardo, il a “nié l’existence d’un quelconque rapport policier” attribuant aux forces de sécurité marocaines la planification ou l’exécution des “événements survenus à Ceuta les 30 et 31 juillet”, fait savoir le portail d’information marocain Yabiladi.

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Slogans hostiles à Pedro Sánchez

Pendant ce temps-là, observe la radio-télévision espagnole publique RTVE, “des dizaines de milliers de citoyens” ont manifesté devant les mairies de toute l’Espagne, à l’appel du Parti populaire (PP) et du parti d’extrême droite Vox, à l’occasion de la Journée de Ceuta, célébrée chaque 2 septembre.

Officiellement organisées en soutien à Ceuta, ces manifestations se sont transformées en protestations contre la gestion par le gouvernement de la crise”, relate le média en ligne elDiario.es, qui a relevé des “slogans hostiles” à Pedro Sánchez et des “attaques contre la presse”.

Le quotidien conservateur ABC, lui, préfère insister sur “les rues noires de monde”, notamment à Madrid où, sur la place de Cibeles, entre 50 000 et 150 000 personnes se sont rassemblées, “brandissant des drapeaux espagnols et de ceutis”, en “solidarité avec les citoyens” qui subissent une “invasion”.

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Appels à la démission

Dans son éditorial du jour, El Mundo estime que “le gouvernement est dos au mur face à la clameur publique en faveur de Ceuta”. Dénonçant “la campagne de désinformation par laquelle le gouvernement a répondu au rapport de la police nationale qui déconstruit son récit invraisemblable de l’assaut” contre l’enclave, le journal de centre droit exige, “à tout le moins la destitution immédiate du ministre de l’Intérieur”.

Il n’y a, pour la rédaction d’El Mundo, que “deux possibilités” : soit le président et son ministre de l’Intérieur “n’étaient au courant de rien”, ce qui signifierait qu’ils “n’ont aucun contrôle sur l’appareil de sécurité de l’État” ; soit “ils étaient au courant”, et dans ce cas-là, ils ont “menti effrontément”. Quoi qu’il en soit, ils n’ont “pas d’excuse”.

Même le journal progressiste Público reconnaît que, si “la rhétorique ambiguë” de Pedro Sánchez visant à exonérer le Maroc “sert peut-être des intérêts diplomatiques”, elle n’est “pas convaincante face aux preuves de plus en plus accablantes”. Mais selon lui, le vrai problème est que “les migrants sont devenus une arme politique, un pion de plus dans la géopolitique, et que leurs droits, voire leur humanité, sont remis en question”.