Pour la première fois depuis l’afflux de migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta, fin juillet, le Maroc a officiellement réagi, jeudi 10 septembre, aux soupçons sur une éventuelle responsabilité des autorités du royaume dans cette crise, refusant de servir de « bouc émissaire » à des « règlements de compte politiciens » en Espagne.
« Aucune donne, fait ou rapport n’établit une quelconque implication des autorités marocaines », a déclaré le ministère des affaires étrangères marocain, dans un communiqué diffusé par l’agence officielle MAP, ajoutant que « Le royaume du Maroc refuse d’être un fonds de commerce préélectoral ».
Cette déclaration du ministère intervient pourtant après la fuite d’un rapport de la police espagnole, le 2 septembre, pointant un « déploiement sensiblement plus réduit que d’ordinaire » et la « permissivité » des forces de sécurité marocaines lors de cette crise sans précédent.
La justice espagnole a aussi ouvert, lundi, une enquête sur l’événement, suggérant « une indéniable gestion favorisant » le processus d’entrée des migrants à Ceuta à partir du Maroc.
Le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, a pour sa part assuré à plusieurs reprises n’avoir « aucune preuve » de l’implication du Maroc dans l’arrivée des migrants, une position vivement critiquée par plusieurs membres de l’opposition espagnole.
« Aucune preuve » de l’implication du Maroc
Les faits pourraient être constitutifs de plusieurs infractions, dont des délits « portant atteinte à la paix ou à l’indépendance de l’Etat » espagnol, a estimé la juge Maria Tardon, selon un communiqué de l’Audience nationale, la plus haute juridiction pénale du pays.
« L’utilisation des flux migratoires constitue l’une des méthodes employées dans les opérations de “guerre hybride” », rappelle la magistrate, qui pointe dans son rapport « des vagues de différentes intensités et profils, qui ont provoqué l’effondrement des capacités de réponse du système espagnol de contrôle frontalier et une violation massive de la souveraineté territoriale de l’Espagne ».
Les 30 et 31 juillet, plus de 70 000 migrants sont entrés de force, à pied ou à la nage, à Ceuta, l’une des deux seules frontières terrestres entre l’Europe et l’Afrique, avec l’autre territoire espagnol de Melilla. L’afflux a fait des dizaines de morts et de disparus. La plupart sont repartis dans la foulée, mais plusieurs milliers sont encore présents aujourd’hui à Ceuta, dormant pour beaucoup dans les rues et sur les plages.