La Presse s’étonne qu’Ottawa ait “dévoilé en catimini”, soit en fin d’après-midi le 3 septembre, avant le long congé de la fête du Travail, sa plus récente évaluation sur l’état du climat au Canada. “Le gouvernement a tenté de l’enterrer”, accuse plus franchement le groupe écologiste Environmental Defence. Or, précise le quotidien montréalais, ce deuxième rapport en sept ans du ministère de l’Environnement et du Changement climatique est très inquiétant : si la tendance actuelle se maintient, le deuxième pays du monde par la taille “fera face à un réchauffement moyen de 5 °C d’ici à la fin du siècle”.
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Le document sonne rapidement l’alarme : plusieurs changements provoqués par le réchauffement planétaire “sont essentiellement irréversibles” et vont se poursuivre même en cas de stabilisation des températures mondiales. “Les constats sont sans appel : le Canada s’est déjà réchauffé en moyenne de 2 °C au cours des soixante-quinze dernières années, et ce réchauffement va s’accélérer en ajoutant 3 °C supplémentaires d’ici à la fin du siècle si les politiques climatiques actuelles sont maintenues”, ajoute La Presse.
Même si la planète atteignait la neutralité carbone d’ici à 2075, résume Le Devoir, les effets du réchauffement seront dramatiques – “une augmentation de près de 50 % de la superficie brûlée par les feux de forêt, ainsi qu’une perte [estimée] de plus de 75 % de la masse des glaciers de l’Ouest canadien”.
Abandon des politiques climatiques
The Globe and Mail souligne, lui, que depuis 1970, “le Canada s’est réchauffé presque deux fois plus vite que la moyenne mondiale, et l’Arctique canadien trois fois plus vite”. À ce sujet, les quelque vingt experts qui ont contribué au rapport estiment qu’il y a une probabilité de 50 % que les températures hivernales augmentent de 10 °C dans une grande partie de l’immense territoire du Nunavut, dans l’Arctique, sur la période 2081-2100 par rapport à 1850-1900. L’activité humaine a “fondamentalement modifié notre système climatique”, déplore l’un d’eux, Chris Derksen.
Chaque jeudi, les pistes de la presse étrangère pour agir face au dérèglement climatique et s’adapter
“On est un peu rendus dans un autre monde”, constate auprès de La Presse Alain Bourque, directeur du consortium de recherche Ouranos, qui a aussi participé au rapport. Le journal remarque que le gouvernement actuel “a abandonné plusieurs politiques climatiques déployées au fil des ans par les instances fédérales”, dont le projet de plafonner les émissions polluantes du secteur des industries fossiles. Pourtant, ajoute auprès du Devoir le directeur de la recherche sur l’adaptation de l’Institut climatique du Canada, Ryan Ness, “la situation ne fera qu’empirer et le rythme des mesures d’adaptation n’est pas suffisant”.
Le coût faramineux de l’inaction
“Ne pas lutter contre le changement climatique coûte plus cher à l’économie. Quand allons-nous enfin le comprendre ?” se demandent deux spécialistes dans les pages du Globe and Mail. Rappelant que plus de 2 millions de personnes ont été évacuées en raison de catastrophes climatiques au cours des trois dernières semaines en Amérique du Nord, en Europe et en Chine, Christina Caron, qui a travaillé auprès de deux Premiers ministres canadiens, et l’économiste Glen Hodgson ont déclaré que le changement climatique faisait baisser la productivité, détruisait les actifs et provoquait une augmentation du prix des produits de première nécessité, comme ceux de l’alimentation. Ils assènent :
“Il est désormais irréfutable que des mesures climatiques rapides seront bien moins coûteuses que de les reporter.”
Selon l’Institut climatique du Canada, cité par La Presse, les coûts pour l’économie canadienne du dérèglement climatique s’élèveront à des centaines de milliards de dollars par an d’ici à la fin du siècle.
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