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Chirinne Ardakani, avocate : « Vanter le courage des Iraniennes pour s’en prendre aux femmes portant le voile en France est une rhétorique désormais bien rodée »

Dans une tribune au « Monde », l’avocate souligne la malhonnêteté intellectuelle de l’extrême droite lorsqu’elle invoque les luttes féministes, et notamment le mouvement Femme, vie, liberté, pour défendre l’interdiction du voile dans l’espace public.

Chirinne Ardakani, avocate : « Vanter le courage des Iraniennes pour s’en prendre aux femmes portant le voile en France est une rhétorique désormais bien rodée »
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Le 16 septembre 2022, Mahsa (Jina) Amini, Kurde iranienne de 22 ans, était tuée par la police des mœurs pour avoir refusé de se soumettre à la loi imposant, depuis 1983, le port du voile à toutes les Iraniennes. Près de quatre ans après ce féminicide d’Etat et la répression sanguinaire du soulèvement populaire Femme, vie, liberté, la déclaration du député d’extrême droite (Rassemblement national [RN], Somme) Jean-Philippe Tanguy, ce dimanche 30 août, qui dit vouloir « combattre l’idéologie islamiste » en « sanctionnant le port du voile en solidarité avec toutes les femmes à travers le monde qui sont forcées à le porter et qui meurent pour avoir cette liberté », sonne comme une provocation.

L’épiphanie féministe du député ne trompe personne. Peu auparavant [sur CNews, le 27 août], son collègue du RN Julien Odoul (Yonne) relayait le cliché sexiste de la plaignante « manipulatrice », « malveillante » et « menteuse » pour évoquer l’affaire du chanteur Patrick Bruel, accusé par une trentaine de femmes de violences sexuelles. A une heure de grande écoute, l’extrême droite s’est livrée à son exercice de manipulation favori : instrumentaliser les luttes féministes contre les dictatures patriarcales et religieuses pour défendre, en France, une mesure liberticide, misogyne et contraire aux principes constitutionnels : l’interdiction du voile dans l’espace public. Sous couvert de féminisme, il s’agit ni plus ni moins que de discriminer les citoyennes musulmanes.

Dévoiler de force les femmes au nom de leur « libération » est une vieille pratique de l’Etat patriarcal autoritaire. Imitant la Turquie kémaliste, le dictateur Reza Chah Pahlavi avait, par le décret du 8 janvier 1936 (Kashf-e hijab), interdit le voile, exposant les femmes à son arrachage forcé par la police, tout en imposant aux hommes des vêtements « à l’occidentale », avant d’être suspecté d’accointances nazies et renversé par les puissances alliées, en 1941. Harcelées et jetées à la vindicte, de nombreuses femmes s’étaient alors réfugiées dans leur foyer. Le ressentiment nourri par une partie de la population contribua, entre autres colères, à la révolution de 1979, bientôt confisquée par les islamistes – dont il faut rappeler qu’ils furent soutenus et armés par le bloc de l’Ouest obnubilé par la « peur rouge » et adepte du « ruban vert » plutôt que du « drapeau rouge ». Malgré les protestations du mouvement féministe iranien, la République islamique imposa alors le voile obligatoire en 1983.

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