Les hétérocéphales, ou rats-taupes nus (Heterocephalus glaber), sont des créatures fascinantes. Originaires de la Corne de l’Afrique et du Kenya, ces rongeurs à l’apparence étonnante, quasiment glabres, intéressent de longue date les chercheurs. Ils sont notamment connus pour leur exceptionnelle longévité, leur résistance au cancer ou encore leur fertilité.

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Il n’est donc pas surprenant de retrouver le rat-taupe nu à l’honneur dans la revue Nature, qui lui consacre même la une de son dernier numéro, paru le 13 août. On y retrouve le petit mammifère aux incisives proéminentes en majesté, accompagné du titre “Son altesse royale”. De “royauté”, il en est bien question, car la revue s’intéresse ici à la reine rat-taupe nu, souveraine d’“un système social hiérarchisé s’apparentant à celui des fourmis et des abeilles”.

Stabilité sociale

Les rats-taupes nus, souligne l’étude publiée par Nature, sont en effet organisés sur le modèle de l’eusocialité, une structure dont l’une des particularités est que la reproduction y est limitée à une seule reine. Cependant, “le mécanisme précis par lequel les reines régissent la structure de la colonie et suppriment la reproduction [chez les autres femelles] reste inconnu”, concède l’équipe de chercheurs menée par Mohammed A. Khallaf, du Max Delbrück Center, à Berlin.

La clé du mystère, selon les scientifiques, se trouve dans un composé chimique organique appelé myristate d’isopropyle, qui contribue à l’odeur caractéristique des reines. Cette molécule s’avère “systématiquement abondante chez les reines mais pratiquement indétectable chez les mâles reproducteurs et non reproducteurs, ainsi que chez les femelles non reproductrices”.

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De plus, ont déterminé les chercheurs, le myristate d’isopropyle “atteint son pic de concentration dans les sécrétions vaginales durant la période de disponibilité reproductive”. Détecté par l’odorat, il “modifie les taux de prolactine et de progestérone chez les femelles non reproductrices et peut empêcher la reproduction”, et ainsi “maintenir la stabilité sociale” de la colonie.

Un constat observé même dans le cas où la reine était retirée de la colonie, mais que du myristate d’isopropyle y était administré quotidiennement. Résultat, et ce durant douze semaines : pas de reproduction, mais pas non plus d’agressivité ou de “guerre de succession” chez les femelles pour s’emparer du “trône” laissé vacant.