Au moment du référendum sur le Brexit, en juin 2016, beaucoup prédisaient un effondrement de l’Union européenne [UE] dans la décennie à venir, ou du moins une vague de nouvelles sorties. Le scénario dépendait de l’interlocuteur. Les populistes de droite, notamment ceux qui faisaient campagne en faveur du Brexit, affirmaient que le premier pays à partir déclencherait un effet domino et que d’autres États ne tarderaient pas à lui emboîter le pas. Les europhiles, quant à eux, y voyaient une chance à saisir : une fois débarrassée de ces rabat-joie d’outre-Manche, une UE plus soudée pourrait voir le jour. Les deux camps s’accordaient en tout cas sur un point : l’anglais, langue de la perfide Albion, allait perdre en influence à Bruxelles.

Dix ans plus tard, ces deux scénarios ne se sont pas vraiment vérifiés, même si les prévisions fédéralistes sont plus proches de la réalité : aucun autre pays n’a menacé de rompre les rangs. Rien d’étonnant, compte tenu de la façon dont les années de négociations sur les modalités de sortie de l’UE ont marqué la vie politique britannique. Entre-temps, l’UE s’est quelque peu renforcée. L’absence de contrepoids libéral aux projets étatistes français a poussé l’UE vers davantage d’intégration, en tout cas dans certains domaines. Mais à bien des égards,