Ils ne nous ont pas crédités. Nous étions juste en train de nous faire arnaquer. Quelqu’un touchait toutes ces royalties et nous pensions ne jamais pouvoir l’arrêter”, confie Scott Woodruff au Los Angeles Times. Le chanteur du groupe de reggae californien Stick Figure revient sur l’hallucinante mésaventure que son partenaire TJ O’Neill et lui ont vécue au printemps.

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Run Run River connaît en avril un immense succès sur les plateformes de streaming avec des dizaines de millions d’écoutes. Si une oreille non avertie pouvait croire à une reprise de Stick Figure, il s’agissait en fait “d’une version manipulée par l’IA du single Angels Above Me du groupe, sorti en 2019, accélérée avec une voix principale modifiée et une grosse caisse de musique dance. Stick Figure n’a été mentionné nulle part, mais quelqu’un a empoché des milliers de dollars grâce à son succès viral”, explique le quotidien américain.

Des millions de morceaux

C’est le nouveau fléau de l’industrie musicale : les remix frauduleux, fabriqués à bas prix à l’aide de l’IA qui inondent les plateformes de streaming et les réseaux sociaux, sans aucune rétribution pour ses compositeurs.

Mais lutter contre ce phénomène s’avère difficile.

Rien que l’an dernier, Spotify a retiré 75 millions de chansons frauduleuses générées par IA en expliquant que “l’IA peut être utilisée par des personnes mal intentionnées et des fermes de contenus pour semer la confusion ou tromper les auditeurs, diffuser du contenu de mauvaise qualité dans l’écosystème et nuire aux artistes authentiques qui travaillent à bâtir leur carrière.” D’autant que les garde-fous des plateformes sont encore rudimentaires.

Un long combat

Le journal cite une affaire qui a fait grand bruit au mois de mars en Caroline du Nord : le procès de Michael Smith condamné pour fraude après avoir créé plus de 100 000 morceaux par l’IA, streamés automatiquement, gagnant ainsi plus de 8 millions de dollars (7 millions d’euros) de revenus sur les plateformes. Un cas emblématique de la boîte de Pandore qu’est l’IA.

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En attendant, Stick Figure se démène toujours, alors que cela porte atteinte à leurs revenus (leur faisant perdre au moins 25 millions d’écoutes monétisables selon les calculs de leur équipe) tout comme à leur réputation. Le groupe est dépassé par les multiples versions de Run Run River qui continuent à voir le jour.

La solution viendra peut-être bien des fans, souligne le Los Angeles Times, car ce sont eux qui laissent des commentaires exigeant de créditer les véritables auteurs de la chanson.