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“Ce qui m’a frappé, quant à l’ambiance générale, c’est ce mélange d’épuisement et de débrouille”, résume le photographe Moises Saman, qui s’est rendu à Cuba à la fin du mois de mars, en reportage pour le magazine Time. Après l’intervention militaire américaine au Venezuela, le 3 janvier, Washington a mis fin aux livraisons de pétrole vénézuélien à l’île caribéenne, puis a menacé d’imposer de lourds droits de douane à tout pays qui lui fournirait de l’or noir.

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Ce blocus énergétique, qui s’ajoute à l’embargo en vigueur depuis les années 1960, a plongé le pays dans une crise profonde : coupures de courant généralisées, pénuries de produits alimentaires et de médicaments, détérioration des infrastructures, détaille le photographe de Magnum. “Les gens se sont montrés très ouverts, ça m’a étonné. Bien sûr, on sent encore très bien qu’il y a des choses qui peuvent être dites en public et d’autres pas, mais de nombreux Cubains m’ont parlé très ouvertement des difficultés qu’ils rencontrent.”

“C’est sans doute que les problèmes sont devenus tellement envahissants, tellement visibles, que faire comme s’ils n’existaient pas n’aurait aucun sens.”

De l’Afghanistan au Salvador en passant par l’Irak et les “printemps arabes”, Moises Saman, né en 1974 à Lima, au Pérou, et qui a grandi à Barcelone, a travaillé sur de nombreuses crises et conflits contemporains. S’il se refuse à comparer la situation de Cuba à celle d’une zone de guerre, du fait de l’absence de lutte armée, il relève “des circonstances [qu’il a] bien connues ailleurs : la dégradation des infrastructures de base, les pénuries qui frappent des produits essentiels, les gens qui adaptent tout leur quotidien en fonction de la fourniture de l’électricité et de l’accès à la nourriture, et ce sentiment général que les institutions censées assurer un soutien au quotidien tombent de plus en plus en panne”.

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Pourtant, malgré le mécontentement, les difficultés du quotidien et l’incertitude quant à l’avenir, “la vie continue” : “Les familles improvisent, les voisins s’entraident, les églises et autres communautés religieuses apportent aide et nourriture, et les Cubains se démènent pour garder leur dignité, et conserver une certaine normalité.”