En ce jeudi 6 août, 50 000 personnes se sont réunies dans le parc du Mémorial de la paix à Hiroshima, afin de rendre hommage aux victimes de 1945. Il y a quatre-vingt-un ans, jour pour jour, l’avion bombardier Enola Gay larguait une bombe atomique surnommé “Little Boy” sur cette ville d’importance stratégique de 350 000 habitants à l’époque, en tuant 140 000 personnes.
Symbole de cette histoire, le dôme de Genbaku guette toujours les files de visiteurs. Avec ses murs démolis et ses ossatures d’acier apparentes, ce bâtiment de quatre étages, construit en 1915 par l’architecte tchèque Jan Letzel, témoigne toujours de la violence de l’explosion.
S’il est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis trente ans, il a bien failli être démoli dans les années d’après-guerre, rappelle le quotidien japonais Asahi Shimbun. “Bien des hibakushas [en japonais, on désigne ainsi les survivants du bombardement atomique] souhaitaient faire démolir ce bâtiment, incarnation de l’histoire traumatisante d’août 1945”, écrit le journal. Sa conservation faisant débat, le dôme a été laissé à l’abandon pendant plusieurs années.
“Témoigner de l’atrocité de la bombe atomique”
En 1960, la mort d’une jeune fille change la donne. Exposée aux rayonnements ionisants de la bombe atomique quand elle n’avait que quelques mois, Hiroko Kajiyama est emportée par une leucémie aiguë, à l’âge de 16 ans. Émus par sa disparition, certains habitants de la ville lancent alors un mouvement en faveur de la conservation du dôme, s’appuyant sur ce qu’écrivait la jeune fille dans son journal intime quelques mois avant sa mort, comme cet extrait cité par la chaîne publique NHK :
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“Seule l’image lugubre de ce bâtiment continuera de montrer au monde la réalité sinistre de cette bombe.”
Six ans plus tard, ce mouvement aboutit à la décision de la mairie de Hiroshima de préserver le monument. “On disait que les hibakushas mourraient jeunes [du fait des séquelles de la bombe sur leur santé]. À l’époque, je contemplais le dôme avec la pensée que, même après notre disparition, ce bâtiment en ruine continuerait de témoigner de l’atrocité de la bombe atomique”, raconte à la chaîne Shizuko Abe, un hibakusha de 99 ans ayant participé au mouvement.
Un autre événement marquant dans l’histoire du dôme est son inscription à la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, en 1996. Qui aurait bien pu ne pas avoir lieu, tant Washington était opposé à l’idée, à l’époque, rappelle Asahi Shimbun. Joji Hisaeda, diplomate japonais chargé du dossier et lui-même fils de hibakusha, se rendit alors aux États-Unis pour parler directement avec des responsables de l’administration Clinton. “C’était quelque chose qui me touchait personnellement”, se souvient-il devant le journaliste d’Asahi Shimbun. Face à la pression japonaise, qui faisait valoir que le dossier “pourrait peser sur l’alliance nippo-américaine”, la partie américaine finit par céder.
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