Le Canada a riposté, mardi 8 septembre, dans la guerre commerciale qui l’oppose aux Etats-Unis, avec des surtaxes touchant une série de produits américains. Le conflit entre les deux voisins a atteint un niveau sans précédent depuis la rupture, le 21 août, par le Canada des négociations avec la Maison Blanche.
Le premier ministre, Mark Carney, avait alors accusé les Etats-Unis d’avoir voulu imposer et d’avoir in fine pour objectif de faire du Canada une « filiale » et de « détruire » son industrie.
Déterminé à réduire l’énorme dépendance économique du Canada à l’égard de son grand voisin, M. Carney a averti ses compatriotes que « ce changement de cap aura[it] un coût ». Mais le « coût de l’immobilisme » serait bien supérieur, a-t-il affirmé. « Il s’agit de ce que nous sommes en tant que Canadiens, (…) du pays que nous voulons laisser à nos enfants », a-t-il insisté, martelant que l’avenir du Canada « ne sera (it) pas décidé à Washington ».
Ces droits de douane de 15, 25 ou 50 % touchent environ 20 milliards de dollars de produits américains, soit 27,6 milliards de dollars canadiens, de l’acier aux produits laitiers en passant par l’électronique ou la pâte à papier. Un montant correspondant « au dollar près », selon Ottawa, à celui des produits canadiens visés depuis le 22 août par des surtaxes américaines de 50 %.
Soutenu par l’opinion publique canadienne, le premier ministre fait ici un pari risqué économiquement tant le Canada est dépendant des Etats-Unis avec près de 60 % des importations du Canada qui en proviennent et environ 70 % de ses exportations qui s’y destinent. Il mise notamment sur le lancement de grands projets énergétiques ou miniers et sur la recherche de nouveaux partenaires commerciaux pour s’affranchir des Etats-Unis.
Une crise sans précédent
Pas de sortie de crise en vue, alors que le président américain, Donald Trump, a menacé mardi de compliquer la vie des entreprises canadiennes en leur bloquant l’accès à un programme de commandes publiques pouvant représenter jusqu’à 50 milliards de dollars par an.
Il avait par ailleurs publié, dimanche, sur son compte Truth Social un dessin généré par l’intelligence artificielle le montrant en train de jouer au hockey sur glace contre Mark Carney, qui est à terre. « Debout Gouverneur », lui intime-t-il dans ce dessin, comme si le premier ministre canadien n’était que le gouverneur d’un Etat américain.
Les appels répétés de Donald Trump à faire du Canada le 51e Etat américain passent très mal dans le pays, tout comme la signature récente d’un décret pour changer le nom du lac Ontario, dont les eaux sont partagées entre les deux voisins, en « lac Amérique ». Le dirigeant de la province occidentale de Colombie-Britannique, David Eby, a d’ailleurs dévoilé mardi de nouveaux panneaux devant être installés à la frontière américaine et annonçant que le Canada ne « sera JAMAIS le 51e Etat américain, désolé ! ».
Le groupe aérospatial canadien, Bombardier, s’est retrouvé par ailleurs au centre du conflit commercial après des menaces de boycott proférées, lundi, par M. Trump. Des pressions qui ont semé le trouble chez les deux sénateurs républicains du Kansas où l’entreprise canadienne emploie plus de 1 000 personnes. L’un d’eux, Jerry Moran, a déclaré sur son compte X « avoir contacté l’administration Trump pour [s’]assurer que le Président est conscient de l’importante contribution de Bombardier » dans cet Etat.
Mais, malgré l’escalade, la ligne n’est toutefois pas totalement coupée entre les deux pays. Si « aucune négociation commerciale officielle » n’a repris, « les responsables canadiens et américains poursuivent leurs discussions sur toute une série de questions », a reconnu, mardi, un porte-parole du négociateur canadien, Dominic LeBlanc.