Un système de défense antiaérien faisant face à l’une des tours du Kremlin : l’image retenue par Kommersant pour illustrer sa une reflète l’atmosphère qui a gagné la Russie jusqu’au centre du pouvoir, au cœur de Moscou. “La meilleure défense, c’est l’administration par l’État”, titre le quotidien russe pour annoncer l’adoption de cette mesure entrée en vigueur le 24 août.
“Vladimir Poutine a signé un décret sur la possibilité d’instaurer une gestion temporaire [par l’État] des infrastructures critiques dont les propriétaires n’ont pas pris les mesures suffisantes pour assurer leur sécurité, notamment contre les attaques de drones.”
Les infrastructures en question sont “les sites de production et de stockage d’énergie, les entreprises industrielles, les installations de communication, les services publics, les infrastructures de transport et de logistique”, détaille le journal. Mais pas seulement : Kommersant précise que “‘d’autres sites’ présentant une ‘importance particulière’ pour la sécurité et la stabilité économique de la Russie et de sa population pourront aussi être inclus dans la liste”.
Recrudescence d’attaques
“La nécessité d’une telle décision, comme l’indique le texte du décret, est liée aux menaces ‘croissantes’ qui pèsent sur la sécurité des infrastructures critiques le temps de l’opération militaire spéciale”, écrit Kommersant, qui reprend la formule consacrée pour désigner la guerre contre l’Ukraine. Cet été, les forces ukrainiennes ont systématisé leurs attaques contre les raffineries de pétrole, mais aussi contre les grandes enseignes russes du commerce en ligne – d’abord l’entreprise Wildberries, dont les capacités logistiques ont connu de sérieux dommages, et plus récemment le groupe Ozon, autre acteur clé du secteur.
Signe que la décision suscite un certain malaise, plusieurs sociétés contactées par le journal n’ont pas souhaité faire de commentaires. “Le mécanisme suscite des questions chez les experts et les acteurs du marché”, note sobrement Kommersant. Selon Anton Samokhvalov, du cabinet d’avocats KIAP, le processus de transfert d’actifs lui-même n’est pas “transparent”, et “le fait qu’une entreprise ait été endommagée par une attaque de drone ne signifie pas que son propriétaire a enfreint les règles de sécurité”.
Selon une source issue du secteur pétrolier, qui répond au journal sous le sceau de l’anonymat, les propriétaires de raffineries sont concernés au premier chef, et sont surtout “préoccupés par le fait que le décret ne définisse pas la répartition des responsabilités entre eux et le ministère de la Défense”.
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