“Le cœur de l’Europe n’est pas à Bruxelles mais à Schengen, une petite localité luxembourgeoise de 5 000 âmes à peine, écrivait El Periódico de Catalunya en juin 2025, au moment des quarante ans de l’accord du même nom. C’est là que, le 14 juin 1985, les dirigeants français, allemand [de l’Ouest], belge, luxembourgeois et néerlandais signèrent l’accord du même nom, par lequel ils s’engageaient à éliminer les frontières.”

L’accord, entré en vigueur dix ans plus tard, autorise la libre circulation des ressortissants des pays signataires dans toute la zone. Autrement dit, le droit d’y voyager sans passeport. Et sans contrôle aux frontières intérieures de l’espace Schengen. Les frontières extérieures, elles, restent contrôlées.

Un système régulièrement remis en question au gré des crises migratoires européennes. Et notamment, après que des dizaines de milliers de personnes ont traversé illégalement la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole autonome de Ceuta, le jeudi 30 juillet.

Qui sont les pays membres ?

Aujourd’hui cet espace compte 29 pays :

  • 25 États membres de l’Union européenne (UE) : l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, la Bulgarie, la Croatie, le Danemark, l’Espagne, l’Estonie, la Finlande, la France, la Grèce, la Hongrie, l’Italie, la Lettonie, la Lituanie, le Luxembourg, Malte, les Pays-Bas, la Pologne, le Portugal, la République tchèque, la Roumanie, la Slovaquie, la Slovénie et la Suède ;

  • Et quatre pays hors de l’Union européenne : l’Islande, la Norvège, la Suisse et le Liechtenstein.

C’est la plus “vaste zone de libre circulation entre pays du monde”, commente El Periódico de Catalunya. Elle englobe actuellement près de 457 millions d’habitants sur une superficie de plus de 4,6 millions de km2.

Quelles sont les exceptions à cette libre circulation ?

L’espace Schengen couvre l’essentiel de l’Europe continentale, mais de nombreux territoires d’États membres en sont exclus en raison de leur situation géographique ou de leur statut juridique particulier. Il s’agit essentiellement de territoires insulaires, comme les départements et collectivités ultramarins pour la France (Martinique, Guadeloupe, Réunion, Polynésie française), ou encore Aruba et Curaçao (Pays-Bas). Ou de ceux qui bénéficient d’un statut spécial, comme le Groenland ou l’archipel du Svaalbard.

Ceuta et Mellila, enclaves espagnoles sur le territoire marocain, constituent un cas particulier. Elles font partie de l’Espace Schengen, comme l’a rappelé l’Union européenne en 2022. Mais elles disposent d’un régime spécifique, unique en Europe : “Le contrôle Schengen est effectué à la sortie, par voie maritime ou aérienne, les deux seules voies existantes. Ainsi, personne ne voyage de Ceuta ou Melilla vers la péninsule sans s’identifier auprès de la Police nationale au port ou à l’aéroport. De plus, les compagnies maritimes et aériennes sont tenues de vérifier les documents de voyage”, rappelle le Ministère des Affaires étrangères espagnol sur son site.

Les frontières peuvent-elles être rétablies à l’intérieur de l’espace Schengen ?

En théorie, “le rétablissement des contrôles est considéré comme une mesure de dernier recours, réservée aux circonstances exceptionnelles”, précise Politico Europe. À titre de mesures temporaires de sécurité nationale. Une exception qui devient de plus en plus souvent la règle depuis 2015 et la grande crise des réfugiés affluant en Europe.

En décembre 2022, à la veille de l’entrée de la Croatie dans l’espace Schengen, le site de Zagreb Telegram notait ainsi que les contrôles aux frontières intérieures de l’UE avaient été réintroduits plus de 280 fois en sept ans, un chiffre confirmé par la Commission européenne.

De fait, en vertu du code frontières Schengen (CFS), les États membres peuvent rétablir temporairement les contrôles aux frontières intérieures en cas de menace grave pour l’ordre public ou la sécurité intérieure, rappelle le site spécialisé VisaUpdate. La mesure doit être :

  • de dernier recours ;

  • limitée dans le temps et la portée ;

  • proportionnée à la menace à laquelle elle s’attaque.

Au 14 août 2026, onze pays – parmi lesquels la France – avaient réintroduit des contrôles temporaires à leurs frontières. Derniers en date : l’Italie et l’Espagne, en août 2026. En riposte à Rome, Madrid a ainsi rétabli le 8 août les contrôles aux frontières pour les voyageurs venant d’Italie, en réponse à des mesures similaires imposées par le gouvernement italien après l’afflux massif de migrants à Ceuta.