« Dernier spécimen connu » (Endling), de Maria Reva, traduit de l’anglais (Canada) par Nathalie Bru, Dalva, 340 p., 23 €, numérique 16 €.
Au cœur de l’étonnant et très réussi Dernier spécimen connu est reproduit le formulaire d’une demande de bourse remplie par l’autrice, Maria Reva, en 2022, afin de pouvoir voyager dans une Ukraine récemment envahie, et de poursuivre le travail sur son premier roman. Deux des cinq questions auxquelles il lui faut répondre portent sur la manière dont elle compte « implémenter le protocole Covid-19 afin d’assurer la sécurité et les conditions de travail pour [elle]-même et pour les autres ». Dans l’une de ses réponses, elle commence par déclarer : « Au moment où j’écris ces lignes, les troupes russes se retirent de Kiev pour concentrer leur assaut sur la région du Donbass, plus à l’est, libérant l’accès aux cliniques, s’il en reste, où sont réalisés les tests pour la Covid-19. Je m’engage à respecter avec le plus grand dévouement l’ensemble des directives locales de prévention contre la maladie (…). »
Manière frappante, remarquablement pince-sans-rire, de résumer comment ce qui la veille vous semblait faire événement (et qui continue d’être perçu comme tel par le reste de la planète) se retrouve soudain frappé d’insignifiance, sinon tout à fait absurde. Ainsi est condensée, de biais, une partie des enjeux auxquels a dû se confronter l’autrice canadienne – née en 1989 en Ukraine, où elle a vécu jusqu’à l’âge de 7 ans – quand la Russie a déclaré la guerre à son pays d’origine.
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