À l’ombre de platanes à Marseille, Jade Delahaye, 29 ans, café à la main, retrace pour Le Devoir son parcours des six dernières années : son installation à Montréal en pleine pandémie, ses débuts professionnels après avoir étudié à l’École de design de l’université du Québec à Montréal et sa rencontre avec son conjoint québécois… Mais en août 2025, cette Provençale s’ennuie de sa famille et souhaite rentrer dans son pays. Sa famille lui manque et elle fait un choix qu’elle qualifie de “déchirant”.
‘‘Dégoûtée’’
Diplômée au Québec, forte de quelques années d’expérience sur le marché du travail local, Alice est rentrée en France en juillet après sept ans passés à Montréal. Cette graphiste originaire de la région parisienne, qui préfère taire son nom de famille, était lasse de devoir attendre pour obtenir le certificat de sélection du Québec, obligatoire pour sa résidence permanente. Elle a reçu depuis ce précieux sésame, mais trop tard, dit-elle : “Ça m’a dégoûtée de ne pas me sentir plus légitime ou désirée que n’importe qui.”
Le resserrement des conditions d’immigration dans la Belle Province, avec l’abolition du Programme de l’expérience québécoise en novembre 2025 – relancé en juillet dernier –, crée un “climat chaotique” pour les nouveaux venus, affirme l’avocat d’origine française Paul Vigneron. Le journal explique : “Les détenteurs d’un permis vacances-travail ou d’un permis jeunes professionnels, les étudiants étrangers, les travailleurs étrangers temporaires et leurs conjoints sont, eux, toujours soumis à des règles resserrées.”
Par ailleurs, de très nombreux diplômés français formés au Canada ont vu leur rêve d’adaptation s’écrouler devant une bureaucratie tenace… pour une question de français, rapporte Radio-Canada : “Immigration Canada a refusé les dossiers de [4 200 personnes, dont] 195 diplômés de nationalité française pour n’avoir pas fourni un test linguistique à cause d’instructions confuses sur son site.” Le site web du ministère indique que les résultats d’un test de langue obligatoire pour l’obtention du permis de travail postdiplôme (PTPD) sont “facultatifs”, mais que le candidat “doit” les ajouter s’ils constituent une condition d’admission à son programme d’études. Ce qui fait, explique l’avocat spécialisé en immigration Yves Martineau, que de nombreux candidats n’ont pas inclus leur test dans leur dossier. “Résultat”, écrit le réseau national : “Plusieurs se voient refuser leur permis de travail.” L’infirmière française Lucie Cézar, qui ne peut travailler, évoque un “sentiment de trahison”.
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Difficile retour
Le retour en France qui parfois s’impose n’est pas de tout repos pour certains expatriés. Jade Delahaye cherche ses repères dans un marché français jugé “beaucoup trop hiérarchique”. Elle avoue au Devoir que “c’est difficile d’être dans une situation où personne ne comprend vraiment ce que c’est d’être expatriée”. Le Niçois Romain Gabriel raconte qu’après douze ans passés outre-Atlantique, il a vécu des difficultés d’adaptation dans l’Hexagone : “J’avais un bagage universitaire en France, mais une expérience professionnelle nord-américaine.”
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