Comment nos souvenirs sont-ils enregistrés dans notre cerveau ? On a longtemps considéré que retenir une information revenait à renforcer une ou plusieurs connexions entre nos neurones, aussi appelées synapses. Pourtant une étude, publiée dans la revue Science le 13 juillet, montre que des souris ayant perdu de nombreuses synapses ont gardé une mémoire intacte. Celle-ci se trouverait donc ailleurs.
Pour tenter de faire perdre la mémoire à leurs souris de laboratoire, l’équipe internationale dirigée par Kazumasa Z. Tanaka, de l’unité de recherche sur la mémoire de l’université d’Okinawa (Japon), les a placées en hibernation artificielle. En activant chimiquement des neurones responsables de la régulation thermique des rongeurs, ils les ont plongés pendant près de quarante-huit heures dans un état de torpeur qui a drastiquement affecté leur activité cérébrale. Plus de la moitié des synapses de l’hippocampe – une région du cerveau cruciale dans l’apprentissage et la mémoire spatiale – avaient disparu. Leur mémoire aurait donc dû en être fortement affectée.
Mais comparées à leurs congénères auxquelles ce traitement a été épargné, il n’en est rien. Les deux groupes avaient appris à associer un signal vidéo à un petit choc électrique, et à se repérer dans un labyrinthe. Après cinq jours pour récupérer de l’hibernation, ces souvenirs étaient toujours là. Alors qu’une perturbation plus forte de l’hippocampe, altère bien les souvenirs, quelles que soient les souris.
« Remettre en cause le dogme »
En analysant avec précision les synapses tout au long de l’expérience, les chercheurs ont pu constater deux autres phénomènes étonnants. Sur l’ensemble des connexions, plusieurs groupes de neurones spécifiques avaient tendance à être préservés, bien qu’ils ne soient pas les plus renforcés. De plus, si l’hibernation a également fait disparaître des structures neuronales appelées « épines dendritiques », aussi impliquées dans la mémoire, celles qui réapparaissaient le faisaient au même endroit qu’avant dans plus de 80 % des cas.
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