L’un des jeux, “Rio run”, invite à “expulser” les migrants arrêtés le long de la frontière mexicaine. L’autre, “Build the Wall”, propose comme son nom l’indique de construire un mur dans le but de protéger les Etats-Unis de l’arrivée d’une “horde” de zombies. La plateforme Arcade.gov, lancée par la Maison-Blanche le 4 septembre, propose des jeux d’ordinateurs aux airs retro pour “promouvoir la politique de Donald Trump”, constate sobrement américaine la chaîne ABC.
“C’est un horrible petit exercice de propagande”, corrige The Guardian. Inspirés de l’indémodable Tetris (sans autorisation, assure la Tetris Company) et du célèbre Snake, ces mini-jeux pixélisés “jouent sur la nostalgie” pour “déshumaniser sans fard les migrants”, s’insurge le quotidien classé à gauche.
“L’initiative est surtout gênante, poursuit Keza MacDonald, spécialiste des jeux vidéo pour la publication britannique. Comme pour la plupart des éléments issus des équipes de communication de la Maison-Blanche, la mesquinerie, le manque d’imagination et la paresse sont flagrants.”
Cœur de cible masculin
Trois autres mini-jeux mis en ligne sur Arcade.gov permettent de survoler le Washington monument avec un aigle, d’incarner un boxeur en lutte contre la malbouffe et de faire tomber des billets dans un “compte Trump”, ces plans épargne-retraite à destination des nouveau-nés américains inaugurés au début de l’été. “J’ai le sentiment que tout a été codé par IA, remarque MacDonald. Et quelque part, je l’espère, car penser que des êtres humains ont gaspillé leur temps précieux passé sur terre à coder ces jeux ni faits ni à faire me rend encore plus triste que d’y jouer.”
“La vraie question est de savoir qui prend réellement du plaisir à se divertir avec ça, grince le site conservateur Unherd. Il est évident que les hommes âgés de 35 à 55 ans constituent le cœur de cible”. Soit les électeurs du milliardaire républicain nostalgiques des années 1990, en somme. “Mais jusqu’à présent, l’accueil de ces divertissements est tiède, y compris dans la sphère Maga.”
Guerres culturelles
L’administration Trump n’en est pourtant pas à son coup d’essai. Les incursions dans la sphère “gaming” se multiplient depuis le retour du septuagénaire au pouvoir début 2025, en témoignent les campagnes de recrutement d’agents ICE inspirés du slogan de Pokemon “attrapez-les tous”. “Cette stratégie s’inscrit purement dans le cadre des guerres culturelles, et sert presque exclusivement à agacer les adversaires politiques, il faut essayer de ne pas y prêter trop attention”, suggère Keza MacDonald.
“Une décennie en arrière, une partie des gamers masculins se plaignaient d’une infiltration idéologique du progressisme dans le secteur du divertissement”, rappelle le chroniqueur Ryan Zickgraf. Désormais, la tendance s’inverse, à leurs risques et périls. “La Maison-Blanche aurait dû penser au fait que dans le jeu Snake, le serpent mange jusqu’à finir par s’autodétruire. C’est aussi le danger d’une communication en ligne destinée à alimenter éternellement le même segment de la population : au bout d’un moment, la seule chose qu’il reste à dévorer c’est soi-même.”
Trump étend sa campagne contre l’immigration de masse à ses alliés occidentaux
Commentaires (0)
Laisser un commentaire
Aucun commentaire. Soyez le premier !