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Didier Fils-Aimé nage dangereusement entre avancées judiciaires sélectives et protection de l’impunité

Le Premier ministre haïtien, Alix Didier Fils-Aimé, a présidé le 27 mai 2026 la cérémonie d’inauguration officielle de deux pôles judiciaires spécialisés à Port-au-Prince. Ces instances, créées par décret du 16 avril 2025, visent respectivement la répression des crimes de masse et vi

Didier Fils-Aimé nage dangereusement entre avancées judiciaires sélectives et protection de l’impunité
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29 mai 2026
Didier Fils-Aimé nage dangereusement entre avancées judiciaires sélectives et protection de l’impunité
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Didier Fils-Aimé nage dangereusement entre avancées judiciaires sélectives et protection de l’impunité

  • by Rezo Nodwes
  • 29 mai 2026
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Le Premier ministre haïtien, Alix Didier Fils-Aimé, a présidé le 27 mai 2026 la cérémonie d’inauguration officielle de deux pôles judiciaires spécialisés à Port-au-Prince. Ces instances, créées par décret du 16 avril 2025, visent respectivement la répression des crimes de masse et violences sexuelles d’une part, et des crimes et délits financiers complexes d’autre part.

Administrés par une vingtaine de magistrats, ces pôles sont présentés comme une avancée historique dans la lutte contre l’impunité, un fléau structurel qui mine la crédibilité de l’État haïtien depuis des décennies.

Dans son discours, le chef du gouvernement a insisté sur la portée symbolique de cette initiative, affirmant qu’elle marque un tournant majeur dans le renforcement du système judiciaire.

Pourtant, cette cérémonie solennelle intervient dans un contexte marqué par une contradiction flagrante. Alors que le Premier ministre célèbre l’opérationnalisation de structures destinées à juger « les fautifs quels que soient les fonctions qu’ils ont exercées », son gouvernement refuse obstinément d’abroger ou de rapporter le décret du 17 décembre 2025 portant organisation et fonctionnement de la Haute Cour de Justice.

Ce texte, adopté sous le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) et maintenu en vigueur, est vivement contesté par des organisations de défense des droits humains comme le RNDDH, l’OCNH et d’autres acteurs de la société civile. Elles y voient un véritable « décret d’impunité » qui érige des barrières procédurales protégeant les hauts responsables de l’État.

Le décret controversé encadre strictement la mise en accusation et le jugement des plus hautes autorités (Président, Premier ministre, ministres, etc.) devant la Haute Cour. Des critiques soulignent qu’il renforce les protections des accusés, limite les possibilités de récusation des juges et instaure des conditions qui rendent quasiment impossible toute poursuite effective contre les responsables politiques.

Dans un pays où l’impunité pour les crimes commis par des acteurs étatiques ou proches du pouvoir est la norme, ce cadre juridique apparaît comme un bouclier opportunément maintenu par l’administration Fils-Aimé.

Le RNDDH a adressé une correspondance formelle au Premier ministre exigeant l’abrogation pure et simple du texte, arguant qu’il compromet l’indépendance judiciaire et perpétue l’emprise du politique sur la justice.

Cette posture révèle une schizophrénie politique évidente. D’un côté, Fils-Aimé inaugure des pôles spécialisés avec tambours et trompettes, instruments censés traquer les crimes financiers — souvent liés à la corruption d’État — et les crimes de masse perpétrés par des gangs parfois en collusion avec des acteurs politiques.

De l’autre, il s’accroche à un décret qui, en pratique, immunise précisément la caste dirigeante que ces pôles devraient pouvoir atteindre indirectement. Comment concilier la création d’outils anti-impunité avec le maintien d’un mécanisme qui protège les principaux auteurs potentiels d’abus de pouvoir ? La contradiction n’est pas seulement rhétorique ; elle est institutionnelle et morale.

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