C’est “la crise la plus grave entre” Trump et Zelensky “depuis leur rencontre de février 2025 [à Washington], qui avait dégénéré devant les caméras”, estime Axios.

“Le président américain s’en est pris vivement à son homologue ukrainien” samedi 10 octobre, rapporte The Kyiv Independent, “suggérant que les Ukrainiens le remplacent s’ils veulent mettre un terme à la guerre”.

“Je leur suggère de se doter d’un nouveau dirigeant qui peut parvenir à un accord”, a affirmé Trump devant la presse à la Maison-Blanche. “Attisant encore davantage les tensions”, le républicain a assuré aux journalistes que “la Russie aimerait conclure un accord […] mais pour une raison ou une autre, Zelensky ne veut pas conclure d’accord”, relate The Guardian.

Trump a aussi condamné samedi les frappes ukrainiennes sur les raffineries russes, qui ne font qu’aggraver, selon lui, “le problème mondial” de pénurie de diesel. “Il a intérêt à arrêter”, a mis en garde le président américain à l’adresse de Zelensky.

Les attaques du républicain font suite à des critiques formulées par le chef d’État ukrainien après l’annonce vendredi d’un accord controversé entre Moscou et Washington sur des livraisons massives de diesel russe, rapporte The Hill. Zelensky avait dénoncé une “décision faible” de la part de Washington et une opportunité lucrative pour la Russie de renflouer sa trésorerie et poursuivre son financement de la guerre.

Une façon pour Trump “d’éluder les questions sur son rapprochement avec Moscou”

Le Premier ministre britannique Andy Burnham a réagi samedi à cette passe d’armes en exprimant sa “totale solidarité” avec le président ukrainien, lors d’un échange téléphonique entre les deux dirigeants. Ils sont également convenus de se rencontrer en personne dans les prochains jours afin de “poursuivre leurs discussions”, rapporte The Times.

Le principal négociateur économique de Vladimir Poutine, Kirill Dmitriev, a, lui, salué l’appel de Trump en faveur d’un nouveau président pour l’Ukraine, qualifiant les remarques du dirigeant américain d’“iconiques et historiques”.

Ce n’est pas la première fois que le président américain cherche à discréditer son homologue ukrainien. Le locataire de la Maison-Blanche a “déjà appelé par le passé à la tenue d’élections en Ukraine – relayant ainsi les discours de propagande du Kremlin qui remettent en cause la légitimité de Volodymyr Zelensky –, souvent peu après des rencontres avec des responsables russes”, rappelle le Kyiv Independent. “Cette stratégie, qui consiste à rejeter la responsabilité [de l’enlisement du conflit] sur Zelensky, a également permis à Trump d’éluder les questions sur le rapprochement de Washington avec Moscou, alors même que l’Ukraine est la cible de frappes massives contre ses villes”, observe le journal ukrainien.

À lire aussi : Énergie. Donald Trump annonce un accord surprise avec Vladimir Poutine sur le diesel, Volodymyr Zelensky s’indigne

Washington aurait menacé de “mettre fin au partage de renseignements”

L’accord conclu entre la Russie et les États-Unis a aussi eu un impact négatif sur les discussions organisées vendredi en Floride entre négociateurs ukrainiens et américains, qui visaient à relancer les efforts diplomatiques vers une fin de la guerre. Au point que ces négociations ont été écourtées : les autorités ukrainiennes ont confirmé samedi à l’Agence France-Presse le départ de la délégation de Kiev. Après l’annonce de l’accord sur le diesel russe, “les négociations à Miami ont rapidement perdu de leur élan, pour la énième fois depuis le début de ces échanges il y a quatre ans et demi, et surtout depuis le retour du républicain à la Maison-Blanche”, observe El País.

À lire aussi : Vu d’Ukraine. Malgré la visite de Witkoff et de Kushner à Kiev, “une trêve avant l’hiver” plus qu’incertaine

Selon une information du Financial Times, les responsables américains ont fait pression, lors des pourparlers de vendredi, sur les Ukrainiens pour qu’ils cessent d’attaquer les infrastructures énergétiques russes, faute de quoi Washington pourrait mettre fin à sa coopération en matière de renseignement avec l’Ukraine.