LA PUISSANCE MARITIME revient-elle à la mode ? Est-elle encore d’actualité ? Ses applications comme outil d’analyse sont-elles connues ? Quel est son langage ? Peut-on comme Pierre Buhler [1] en définir une grammaire ? En quoi les évènements maritimes des dernières années relèvent-ils de cette grille de lecture ?
Voici sept ans sortait un essai, Y. Giron, « Précis de la puissance maritime [2] » préfacé par l’amiral Hervé Hamelin et Frédéric Moncany de St Aignan, alors président du Cluster Maritime Français. Plusieurs compagnons de route ont accompagné cette réflexion, femmes et hommes maritimes. Tous préoccupés de la faible prise en compte en France de la réalité du fait maritime. Tous espérant l’avènement d’une maritimisation active et pleinement vécue, mais pas nécessairement à grand renfort d’interventions publiques. Cet essai visait une approche volontairement théorique. Il fallait un outil conceptuel pour devenir acteur de cette maritimisation.
Jusqu’à présent, la puissance maritime était vue et vécue comme un rang, un volume, une surface. Il s’agit là d’une vision réductrice du fait maritime, et encore plus réductrice de la « puissance » en général. Mais elle a aussi le mérite de simplifier vaguement un sujet, le maritime, difficile à cerner et qui doit maintenant être enseigné [3] dans la perspective de sensibiliser sur l’intérêt de la croissance bleue. Si cela marque les esprits, ce renouveau dans l’enseignement ne résout que difficilement le problème du « comment », en listant les bénéfices du maritime sans alimenter l’analyse de nos difficultés à les atteindre. Le problème est donc plutôt dans le champ du « comment » que dans celui du « combien », dans celui de la « compétence » et de la « manière de faire » que dans celui de « l’incantatoire ».
Pourtant, des auteurs ont déjà proposé une autre définition de la puissance (en général), reprise par Serge Sur : « la puissance est une capacité de faire, de faire faire, d’empêcher de faire et de refuser de faire ». Reprendre cette approche pour le maritime présentait l’avantage d’analyser le « comment ».
Depuis 7 ans, j’applique cet outil conceptuel et les grilles de lectures qui en sont issues. Au regard de cette expérience quotidienne, un seul constat : elles sont toutes d’actualité, plus que jamais. Et ce en particulier dans le domaine de la sûreté maritime [4].
La première partie présente les préalables et la seconde ses déclinaisons pratiques.
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