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Géopolitique

« Dix ans après le Brexit, les craintes exprimées par la majorité des élus écossais se sont confirmées »

Edwige Camp-Pietrain, professeure des universités en civilisation britannique, s’interroge, dans une tribune au « Monde », sur les conséquences que la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne a eues sur la politique et l’économie écossaises.

« Dix ans après le Brexit, les craintes exprimées par la majorité des élus écossais se sont confirmées »
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Le 23 juin 2016, 62 % des Ecossais ont voté contre le Brexit. Nicola Sturgeon, alors première ministre du gouvernement écossais et leader du parti indépendantiste, le Scottish National Party (SNP), souhaitait rester dans le marché unique européen. A défaut, elle entendait demander au gouvernement britannique l’autorisation d’organiser un second référendum d’autodétermination, évoquant un changement majeur depuis la consultation de 2014.

Dix ans plus tard, le SNP est toujours au pouvoir, avec John Swinney, ancien ministre de Mme Sturgeon devenu premier ministre. L’Ecosse est sortie de l’Union européenne et du marché unique, comme le reste de la Grande-Bretagne. Les autorités écossaises n’ont pas été consultées sur les modalités de sortie, ni sur le traité qui régit les relations post-Brexit avec l’UE. Le gouvernement britannique a appliqué à la lettre les textes constitutionnels, alors qu’une pratique de coopération s’était développée sur les questions européennes.

Pis, les cabinets conservateurs qui se sont succédé pour gérer le Brexit ont cherché à garantir un marché interne (britannique) sans entrave, se donnant la possibilité d’empiéter sur les domaines dévolus au Parlement et au gouvernement écossais. Le Brexit a donc imposé aux Ecossais une sortie de l’UE contre leur gré, ainsi qu’un degré de recentralisation du pouvoir au sein du Royaume-Uni. Le gouvernement travailliste de Keir Starmer [le premier ministre a annoncé sa démission lundi 22 juin] a renoué le dialogue avec les autorités écossaises, sans apporter de modifications substantielles.

Une situation paradoxale

Dix ans après le référendum de 2016, les craintes exprimées par la majorité des élus écossais, au-delà des rangs indépendantistes, se sont confirmées. L’Ecosse serait même l’une des parties de la Grande-Bretagne les plus affectées par le retour d’une frontière avec l’UE pour ses exportations de produits agroalimentaires et chimiques et de ressources énergétiques, alors qu’elle est plus dépendante du commerce extérieur que la moyenne britannique. De plus, le Brexit aggrave la pénurie de main-d’œuvre pour une population vieillissante. Les pêcheurs, qui avaient plébiscité le Brexit, n’ont pas récupéré un accès privilégié aux eaux au large de leurs côtes. Les autorités écossaises demeurent impuissantes car elles n’ont aucune maîtrise des flux migratoires et aucune influence sur les accords commerciaux malgré leurs requêtes en ce sens.

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