Happy Birthday America”, titre en une The New Statesman, illustrée par un dessin de Donald Trump grimé en Joker, avec un gâteau décoré aux couleurs du drapeau américain, dont les bougies fondantes déclenchent un incendie. Alors que les États-Unis fêtent le 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance du 4 juillet 1776, l’hebdomadaire londonien publie un long essai du philosophe britannique John Gray sur ce projet “né de l’optimisme rationaliste et d’une foi religieuse héritée”, qui sombre désormais “dans le délire et l’absurde”.

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Pour Gray, éminence grise de ce titre traditionnellement classé au centre gauche, “les Pères fondateurs ont conjugué la foi des Lumières avec la capacité d’action humaine et la croyance en une providence d’origine divine pour créer ce qu’ils considéraient comme le vecteur politique d’un monde nouveau. Donald Trump a réduit cet espoir à néant. Un trublion nihiliste est en train de dissoudre le mythe fondateur du pays, laissant l’avenir de l’Amérique dans une profonde incertitude”.

“Vortex d’aventurisme militaire raté”

Qualifiant l’Amérique de Trump de “vortex d’aventurisme militaire raté, de diplomatie clownesque, de mauvaise gestion économique et de kleptocratie à la Poutine”, Gray affirme que l’accession au pouvoir du milliardaire n’est pas une aberration, mais “le corollaire d’un effondrement brutal de la confiance envers les classes politiques du pays à la suite de l’ère de la mondialisation néolibérale”.

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Mais Gray, avec son pessimisme caractéristique, n’est pas moins sévère envers la gauche américaine. Il estime que cet effondrement est dû aussi au progressisme : “Le déclencheur n’a pas été simplement l’aggravation des inégalités économiques, même si celles-ci avaient atteint des niveaux vertigineux et s’étaient encore accentuées avec la flambée des marchés boursiers. La délocalisation industrielle a privé des dizaines de millions d’Américains de tout rôle productif dans la société tandis qu’une législation progressiste sapait systématiquement leurs valeurs. Ce que les ultraprogressistes dénoncent comme une ‘guerre culturelle’ n’est autre que la résistance du peuple face au démantèlement de son mode de vie par un État donneur de leçons. Jugés économiquement superflus et moralement arriérés, près de la moitié des électeurs de l’élection présidentielle de 2024 se sont tournés vers Trump, en quête de refuge et de revanche.”

Tout en affirmant que la “répétition apparemment interminable d’absurdités” propre à la période actuelle finira par passer, Gray conclut sur une note ambiguë – non dénuée d’un soupçon d’optimisme – selon laquelle “l’Amérique demeurera une force révolutionnaire, bouleversant et transformant le monde grâce à son énergie indomptable”.