C’est un « coup dur pour la dédiabolisation du Rassemblement national », note Le Soir. Le président du parti d’extrême droite, Jordan Bardella, a été lundi 28 septembre « rattrapé par des écrits antisémites », souligne le quotidien belge.
Dans un article publié en ligne, Mediapart a révélé avoir examiné des dizaines de messages privés datant de 2013-2015, correspondant aux premières années de l’homme politique au Front national, futur RN.
Les propos tenus « s’inscrivent dans le répertoire antisémite traditionnel », note La Vanguardia : il y affirmerait notamment que « les banques sont toutes détenues par des Juifs ». Le « juif doit dominé (sic) les autres peuples, les écraser et les voler, un sioniste est forcément juif, et en profondeur », aurait également écrit le futur président du RN.
Les messages mentionnent aussi « avec mépris deux Juifs français célèbres, l’essayiste Bernard-Henri Lévy et l’économiste Jacques Attali », observe La Vanguardia. « Ce qu’ils veulent, c’est un nouvel ordre mondial dominé par Israël, avec Jérusalem, bien sûr, pour capitale », aurait affirmé Bardella. D’autres écrits ciblent Pierre Moscovici, alors ministre de l’Économie de François Hollande, qui voudrait « sauver les entreprises » pour « venger Moïse ». « Sionisme et domination bancaire sont indissociables (Goldman Sachs, Rothschild, Lehman Brothers) », aurait écrit le jeune militant.
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Je m’abonneDans un autre message, Bardella afficherait également son soutien à Dieudonné, l’humoriste déjà condamné à l’époque pour provocation à la haine, qui « mène un vrai combat d’idée », selon les propos retranscrits par Mediapart.
Réagissant lundi à ces révélations, le président du RN a annoncé une plainte en diffamation et dénoncé une tentative pour « déstabiliser » la campagne de son parti alors que la formation d’extrême droite caracole en tête des sondages d’intentions de vote pour la présidentielle de 2027. « Je conteste formellement les accusations portées à mon endroit par Mediapart, me prêtant des propos délirants et antisémites », a souligné Bardella sur X, accusant une « certaine presse militante » de chercher à nuire au RN.
Le dirigeant du parti a rapidement reçu le soutien de Marine Le Pen. « Ça ne peut être qu’un faux, qu’une barbouzerie dont Mediapart a le secret », a réagi la candidate à l’Élysée qui a toujours déclaré vouloir faire de Bardella son Premier ministre. « Je n’ai même pas besoin d’en parler » avec lui. « C’est une dinguerie », a insisté la députée.
« Coup de tonnerre »
Pour le RN, la publication de ces écrits est « un coup de tonnerre dans un ciel jusque-là sans nuages sur le chemin de l’Élysée », observe le quotidien italien Il Giornale.
Les révélations de Mediapart surviennent d’ailleurs alors que le parti d’extrême droite « célèbre sa victoire aux sénatoriales de dimanche », rappelle La Repubblica. Fort d’au moins 15 élus avec ses alliés de l’UDR, le Rassemblement national est désormais en mesure de créer un groupe au Sénat, pour la première fois de son histoire.
Les accusations publiées lundi par Mediapart sont « particulièrement embarrassantes au regard des efforts déployés récemment par M. Bardella pour présenter le RN comme un parti fermement pro-israélien », remarque The Daily Telegraph. Le quotidien britannique rappelle que lors de sa visite en Israël en mars 2025, l’homme politique s’était notamment rendu au mémorial de la Shoah de Yad Vashem et avait participé à une conférence sur l’antisémitisme à Jérusalem.
Le président du RN est à la tête d’un parti qui « se présente aujourd’hui comme un défenseur de la communauté juive en France, bien qu’ayant été fondé par des collaborateurs nazis et d’anciens membres de la SS », note El País.
« Des échanges éclairants sur la vision qu’avait Bardella de la stratégie de Marine Le Pen »
« Au-delà des saillies antisémites et complotistes », ces échanges de 2013-2015 « éclairent également la vision qu’avait alors Bardella de la stratégie de Marine Le Pen », remarque Le Soir. Le quotidien belge cite notamment un des messages attribués au dirigeant du RN dans lequel il affirme que « la politique, c’est de la com » et se félicite que le discours de la présidente du FN soit devenu plus « poli », afin de permettre au parti de conquérir de nouveaux électeurs. Tout en estimant que le FN est resté fidèle à son « idéologie de base ».
« D’autres documents internes montreraient par ailleurs » que Bardella « appelait les militants à surveiller leurs publications afin d’éviter de nouvelles polémiques liées aux contenus diffusés par le parti », observe Le Soir.
Pour La Vanguardia, cet incident « potentiellement grave » pour l’extrême droite à sept mois de la présidentielle pourrait « accentuer les tensions au sein du duo Le Pen-Bardella, déjà fragilisé ces derniers temps par les positions divergentes de Bardella sur les questions économiques ». « Sa relation très médiatisée avec l’aristocrate italienne Maria Cristina de Bourbon-Deux-Siciles a également suscité un certain malaise », rappelle le quotidien catalan, « son mode de vie étant à l’opposé de celui des électeurs ruraux, issus des classes moyennes inférieures, qui constituent le socle de l’électorat du Rassemblement national ».
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