Coup sur coup, deux incidents meurtriers ont mis en lumière le danger que représentent les mines d’or, souvent artisanales, qui se multiplient au Soudan, sur fond de guerre intérieure alimentée par le trafic du métal précieux.

Ce 19 septembre, c’est le puits d’une mine d’or située dans le nord-est du pays qui s’est effondré, entraînant la mort d’au moins 11 mineurs et en blessant 30 autres. Le 15 septembre, rapporte Sudan Horizon, entre 40 et 51 mineurs ont été tués dans l’effondrement de trois puits sur le site minier d’Al-Ragig, situé dans l’État du Kordofan de l’Ouest. Par la suite, Sudan Tribune évoquait le chiffre de 67 morts survenus dans ce territoire sous l’autorité des paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR). Le titre soudanais indiquait également que des dizaines de mineurs artisanaux étaient restés piégés depuis le jour de l’effondrement causé par un sol instable, fragilisé par les fortes pluies récentes. Les chiffres exacts restent incertains, la presse internationale, à l’instar du Washington Post, faisant état d’au moins 82 personnes tuées.

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Désormais, déplore le Sudan Tribune, les effondrements de puits de mine non réglementés sont devenus fréquents dans le nord et l’est du Soudan, où des millions de personnes dépendent de l’exploitation minière informelle pour survivre dans un contexte de crise économique et de guerre intérieure.

Le nerf de la guerre

Dans la région du Kordofan de l’Ouest, située dans le centre-sud du Soudan, les FSR règnent, et le trafic d’or constitue une source de revenus essentielle pour ce groupe paramilitaire dans les combats qui l’opposent depuis avril 2023 à ses anciens alliés, les forces armées soudanaises (FAS). Dans la plus grande ville du Kordofan occidental, Al-Nuhud, les gisements d’or sous la mainmise des FSR attirent des vagues de prospecteurs depuis le début de la guerre, souligne le Sudan Tribune.

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L’exploitation minière artisanale représente désormais la majeure partie de l’or extrait au Soudan, explique Arab News. Le pays, traditionnellement l’un des principaux producteurs d’or du continent, a enregistré en 2025 une production record de 70 tonnes, soulignait alors le Sudan Tribune dans un autre article. Le secteur artisanal, qui exploite illégalement des sites désaffectés ou non officiels, emploie plus de 2 millions de personnes et représente plus de 80 % de la production nationale.

L’or est aussi devenu le nerf de la guerre entre les FSR et les FAS. En juillet 2026, un rapport de l’ONU avait montré que, outre le trafic de gomme arabique et de bétail, les belligérants tiraient d’importants revenus de l’or en maîtrisant les voies d’extraction, de transport et de commerce. Selon les Nations unies, l’or reste le moteur essentiel de l’économie de guerre du Soudan, ainsi qu’une source majeure de revenus pour les groupes armés. Dans le média soudanais Ayin.com, l’économiste Abdelazim Al-Amawy estime même que l’or est devenu un facteur clé de la durée de ce conflit.

Le rôle des Émirats arabes unis

En 2025, une part considérable des 70 tonnes (75, selon d’autres chiffres) d’or produites a été exportée clandestinement. L’année précédente, selon le rapport, 52 % seulement des exportations de métal précieux avaient transité par les circuits officiels.

En 2024, environ 65 tonnes d’or ont été produites dans les zones contrôlées par les FAS, dont 28 tonnes ont été exportées en passant par Port-Soudan. Ces exportations ont rapporté environ 1,6 milliard de dollars (environ 1,4 million d’euros) de recettes, représentant 48,5 % des exportations annuelles du pays. Mais, souligne une enquête du Guardian, les niveaux de production et d’échanges commerciaux des mines contrôlées par les FSR restent non documentés, ce groupe paramilitaire continuant d’extraire et de commercialiser de l’or du Darfour et du Kordofan. Par ailleurs, les FSR avaient saisi plus de 1,3 tonne d’or non raffiné au début du conflit.

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Dans une longue enquête consacrée à la question, Ayin.com pointe du doigt le rôle des Émirats arabes unis, relevant que la quasi-totalité de l’or est vendue grâce à des réseaux émiratis. Le média soudanais a ainsi enquêté sur la société Alliance Mining and Kush for Exploration and Production, installée dans la zone contrôlée par l’armée soudanaise, à la frontière des États de la Mer-Rouge et du Nil. Cette société, présentée comme la plus importante exploitation aurifère du pays, appartient à Emiral Resources Ltd, dont le siège se trouve aux Émirats. Or ce pays est accusé de financer et d’armer les FSR.

À ces effets déjà délétères de l’exploitation aurifère, s’ajoute la pollution de l’eau, des sols et de l’air par les produits utilisés, comme le cyanure ou le mercure, explique le Guardian. Les sols appauvris et empoisonnés deviennent impropres à l’agriculture. S’ensuit un effondrement “spectaculaire” des rendements agricoles.

Le rôle central de l’or dans ce conflit meurtrier a conduit l’Union européenne à interdire, en juillet dernier, l’achat, l’importation et le transfert d’or soudanais afin de limiter les sources de financement des deux belligérants, indique Africa News. Une interdiction à laquelle s’est jointe la Suisse au début de septembre, selon le site spécialisé Mining.com.