La longévité peut s’avérer cruelle. Dans le premier de ses deux discours d’investiture, le 20 janvier 2017, Donald Trump avait dressé l’acte d’accusation d’une « petite élite dans la capitale de notre pays » qui avait selon lui « tiré profit du gouvernement au détriment du peuple ». « Washington a prospéré mais le peuple n’en a pas profité », ajoutait-il en promettant alors la fin d’un « carnage » américain.
Près de dix ans plus tard, les élections de mi-mandat qui se tiendront le 3 novembre s’annoncent difficiles pour le locataire de la Maison Blanche, parce que ses mots d’alors semblent décrire à la perfection sa propre présidence. Le contraste n’a jamais été aussi éclatant entre la posture du tribun populiste et les effets de ses décisions pour les électeurs américains.
Le coût de la vie figure en tête des priorités de ces derniers, après que l’inflation a été dopée par les guerres commerciales de Donald Trump puis par le conflit déclenché contre l’Iran. Cette attaque a démenti par ailleurs sa promesse de ne jamais s’engager dans une « guerre sans fin » au Moyen-Orient. Les préoccupations concernant le pouvoir d’achat relativisent la bonne santé de l’économie portée par le développement de l’intelligence artificielle (IA).
Comme pendant le mandat du démocrate Joe Biden, la vigueur macroéconomique des Etats-Unis est éclipsée pour les concitoyens de Donald Trump par les difficultés du quotidien. Elles expliquent également pourquoi la corruption à laquelle est associée son administration figure désormais parmi les principales préoccupations des électeurs. Leurs conditions de vie jugées difficiles rendent insupportables l’enrichissement du clan du président, sans précédent dans l’histoire des Etats-Unis, ou les rénovations dispendieuses et les projets de monuments pharaoniques qu’il entend imposer à Washington.
L’hostilité que suscitent les projets de construction de centres de données, qui entraînent généralement au niveau local le renchérissement des prix de l’électricité, découle du même ressentiment. D’autant que la nouvelle économie que représentent les géants de l’IA, choyés par Donald Trump, fait peser des menaces sur la pérennité de nombreux emplois.
Vote sanction
Le contrôle de la frontière avec le Mexique, qui repose désormais en grande partie sur un « mur intelligent » bardé de capteurs et de caméras, est certes porté au crédit du président. Mais la brutalité, parfois létale, de la police des frontières et les rafles et les expulsions qui touchent des sans-papiers parfaitement intégrés dans la société américaine font que son bilan sur l’immigration est également jugé sévèrement. Il s’agissait auparavant de l’un de ses points forts.
Les élections de mi-mandat sont traditionnellement délicates pour le parti qui occupe la Maison Blanche, parce que les électeurs vont se prononcer autant sur des candidats que sur un début de bilan, après deux ans d’exercice du pouvoir.
Le locataire de la présidence risque de subir cette loi d’airain de la politique, pour le plus grand bénéfice des candidats démocrates. Alors que ces derniers n’ont toujours pas tiré les leçons de la défaite de leur candidate à la présidentielle de 2024, Kamala Harris, un vote sanction contre Donald Trump leur suffirait pour reprendre le contrôle de la Chambre des représentants, et peut-être même du Sénat. Une bascule qui serait synonyme de fin de mandat difficile pour le président des Etats-Unis.