“L’Esprit me dit qu’il y a une femme, juste derrière vous”, avertit le révérend Louis Gates, les yeux papillonnant dans leurs orbites. Un lourd pendentif en argent est posé sur son torse. Sa voix est douce. “Oh là ! Oui, elle est juste là. Une vieille dame. Elle a un petit air narquois, elle secoue la tête.”

Je me retourne. Derrière moi, un mur. Tapissé de photos en noir et blanc et de portraits au crayon de spirites morts de longue date. Une photo de Louis Gates aussi, plus jeune, avec cravate de cow-boy, et le même gros pendentif. Mais point de vieille dame. Je lui dis que je ne la vois pas.

“Ah c’est sûr, vous ne la verrez pas. Vous n’avez pas le don.”

Louis Gates est l’un des médiums les plus réputés de Cassadaga – ce qui n’est pas peu dire. Comme ses quelque 200 habitants aiment à le dire, Cassadaga est la “capitale mondiale des médiums”. Au fin fond des marais infestés de moustiques du centre de la Floride, l’endroit semble effectivement idéal pour parler avec les morts.

De vieilles baraques de planches peintes en blanc grincent, dans un paysage de grands chênes desquels dégoulinent de grands rideaux de mousse espagnole. Sur les pelouses, des pancartes font la réclame de guérisseurs et de conseillers spirituels. Spiritualist Street croise Mediumship Way. Dans le centre de