Ça ne tient pas debout. Elle ne devrait même pas exister. Rien dans la tapisserie de Bayeux ne répond à aucune des règles de l’art, en art. Ses créateurs ne savaient même pas réaliser un portrait, une perspective ou un paysage, ni rien de ces tours de main sophistiqués qu’on associe aux chefs-d’œuvre intemporels. Quand ils dessinent une église, ils sont obligés d’écrire à côté “Ecclesia”. Et pourtant ces artistes (ou peut-être cette artiste, de sexe féminin, et seule, qui sait ?) sont à l’origine de quelque chose de si stupéfiant, de si délicieux, de si riche en trouvailles visuelles horrifiques et humoristiques, qu’il surpasse à peu près tout ce qui a pu être peint ou sculpté – alors brodé sur toile de lin, je ne vous dis même pas.

Et voilà que j’ai ce quelque chose juste sous les yeux, au point que je pourrais presque le toucher, n’était cette vitre au verre d’une qualité telle qu’il ne tolère pas le moindre reflet. Le dispositif mis en place pour cette merveille par le British Museum est parfait. Elle est exposée dans une vitrine longue comme la salle, qu’on atteint après une introduction archéologique à base d’armures, d’extraits de chroniques et d’écrans d’informations. Puis l’on découvre les couleurs de la tapisserie d’en haut – bruns roux, verts, jaunes – et c’est parti :