Chiara Schmucker vit à Tokyo depuis trois ans avec son mari et ses deux jeunes fils. Elle tient une chronique sur sa vie de famille expatriée dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Elle y raconte sa découverte du Japon à travers ses enfants et les fêtes et traditions du pays. “J’associe toujours les étés chauds et humides du Japon à de légers maux de tête, à l’air vicié des rues et au soleil brûlant qui me tape sur la nuque, explique-t-elle. Mais les douces balades à vélo pour rentrer chez moi après de telles journées m’ont déjà profondément marquée, m’évoquant un mélange d’étourdissement et de profonde connexion : lors de notre premier été ici, en revenant de la piscine, nous avons soudain entendu des rythmes de tambours puissants et une douce musique de flûte.”

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Cette douceur contraste avec le tableau que brosse la Berliner Zeitung à Changchun, en Chine, où Volkswagen a sa plus grande usine en Asie. Ses cadres étrangers “vivent et travaillent dans un monde parallèle, fait de restaurants, de villas, d’hôpitaux et d’écoles fréquentés par des expatriés. Cette ségrégation volontaire est le moyen le plus sûr d’éviter de découvrir une grande partie de la Chine, même lors de longs séjours”. Pourtant, le quotidien dépeint une ville agréable, dotée d’une histoire mouvementée. Qui plus est, son université accueille de nombreux étudiants étrangers. “Économiquement stable, historiquement stimulante et académiquement prestigieuse : quiconque aspire à une vie heureuse, à l’abri des diktats du goût et de la performance des métropoles, et des intrigues politiques, doit se rendre en province”, s’enthousiasme le journal berlinois. Si seulement les expats s’en rendaient compte…

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Le magazine britannique Monocle, de son côté, passe en revue les différentes “tribus” d’étrangers à Hong Kong et Bangkok, des directeurs d’hôtel aux professeurs d’anglais, en passant par les familles de l’ONU et les correspondants de presse. Selon James Chambers, rédacteur en chef pour l’Asie, lui-même installé à Bangkok, il est indispensable de bien comprendre la sociabilité des expats pour réussir son séjour à l’étranger. Au sujet des directeurs d’hôtel, il note “qu’ils ressemblent un peu à des ambassadeurs ou des journalistes – en plus amusants, plus bavards et mieux habillés”. Les Français vivent dans des bulles, tandis que les Allemands s’évitent. Très nombreux dans les établissements internationaux, “les enseignants ont un don pour cerner l’état d’esprit des communautés locales, à l’instar des financiers pour les marchés”. À Bangkok, le siège régional des Nations unies explique la présence de très nombreux fonctionnaires internationaux, moroses depuis les coupes budgétaires de Trump. “Et puis, bien sûr, il y a nous, les chefs de bureau, les pigistes et les reporters à l’étranger, usés jusqu’à la corde, adossés au bar du club des correspondants étrangers. Des accros à l’info blasés et prétentieux. Les pires !” s’amuse le journaliste. James Chambers ne dit pas dans quelle catégorie il range ceux qui, comme Chiara Schmucker, se laissent guider par le son d’un tambour sur le chemin du retour.