Après plusieurs semaines de manifestations réclamant la démission du président bolivien, Rodrigo Paz Pereira, ce dernier a annoncé mercredi 20 mai un remaniement ministériel, tandis que des centaines de paysans indigènes et de transporteurs ont de nouveau défilé dans la capitale administrative, La Paz.
Depuis trois semaines, paysans, ouvriers, mineurs et autres travailleurs mettent sous pression le chef de l’Etat, au pouvoir depuis à peine six mois, à travers des manifestations et des barrages routiers, alors que le pays traverse sa pire crise économique depuis quatre décennies.
« Nous devons réorganiser un gouvernement capable d’écouter », a déclaré M. Paz Pereira, ajoutant cependant qu’il ne dialoguerait pas avec les « vandales ». « Les portes resteront ouvertes » à « ceux qui respectent la démocratie », a-t-il précisé.
Intervenant devant l’Organisation des Etats américains (OEA), le ministre des affaires étrangères, Fernando Aramayo, a accusé certains groupes de chercher, à travers les manifestations, à affaiblir le gouvernement et à porter atteinte à l’« Etat de droit ».
Agitant des drapeaux indigènes, des paysans aymara et des transporteurs ont défilé à la mi-journée dans les rues de La Paz, sans heurts avec la police, déployée pour sécuriser les accès autour du palais présidentiel.
Le gouvernement affirme que les manifestations sont orchestrées par l’ancien président socialiste Evo Morales, visé par un mandat d’arrêt dans une affaire de traite présumée d’une mineure, accusations qu’il conteste. Depuis 2024, le dirigeant cocalero vit retranché dans le Chapare, dans le centre du pays, protégé par ses partisans.
Au moins 44 points de blocage sont signalés dans tout le pays, selon les autorités, provoquant des pénuries de denrées alimentaires, mais aussi de carburant et de médicaments à La Paz, dont les principaux accès sont bloqués.
Annonce d’un prochain « corridor humanitaire »
Le gouvernement a mis en place un pont aérien à partir de Santa Cruz et de Cochabamba, afin d’approvisionner la ville en viande et légumes. Il a également annoncé un prochain « corridor humanitaire » visant à dégager les routes bloquées pour laisser passer les convois de marchandises.
La Bolivie traverse sa plus grave crise économique depuis les années 1980. Le pays a épuisé ses réserves de dollars pour maintenir les subventions aux carburants, supprimées en décembre, tandis que l’inflation sur un an a atteint 14 % en avril.
Dans ce climat de fortes tensions, la diplomatie bolivienne a annoncé mercredi l’expulsion de l’ambassadrice de Colombie, Elizabeth Garcia, accusant le président Gustavo Petro d’« ingérence directe » dans les affaires intérieures boliviennes. Ce dernier avait qualifié les protestations d’« insurrection populaire » et déclaré mercredi à la radio colombienne Caracol que la Bolivie était en train de « basculer vers des extrémismes ».
Mercredi, le secrétaire d’Etat américain, Marco Rubio, a apporté son soutien au gouvernement de Rodrigo Paz Pereira, nouvel allié de Donald Trump dans la région, affirmant sur X que les Etats-Unis se tenaient « fermement » aux côtés des autorités boliviennes. Il a ajouté qu’ils ne permettraient pas à des « criminels et trafiquants de drogue » de renverser des dirigeants démocratiquement élus. La veille, le sous-secrétaire d’Etat américain, Christopher Landau, avait estimé que la Bolivie faisait face à une « tentative de coup d’Etat ».
L’arrivée au pouvoir de M. Paz Pereira a mis fin à vingt ans de gouvernements socialistes dirigés par Evo Morales puis Luis Arce.