La scène est racontée au Monde, sous le couvert de l’anonymat, par un Palestinien de Jérusalem-Est ciblé par un raid de la police israélienne qui le suspectait d’incitation au terrorisme. En fouillant ses biens, les policiers sont tombés sur un exemplaire de 1984, le roman de George Orwell racontant la dérive totalitaire d’un pays imaginaire. « Regardez, ce que j’ai trouvé ! », s’est exclamé un des policiers, convaincu d’avoir mis la main sur une pièce à conviction. « C’était 1984, il a pensé 1948 et il a cru que c’était un livre sur la Nakba [l’exode forcé de 750 000 Palestiniens en 1948], donc une preuve de mon activisme. » Le trentenaire a passé deux jours en détention puis a été relâché, faute de preuve contre lui.
L’épisode pourrait presque faire sourire. Il est révélateur du climat politique dans lequel vivent plus de 3 millions de Palestiniens en Cisjordanie, territoire sous occupation depuis 1967, soumis aux conséquences de ce qui, ailleurs, serait qualifié de dictature militaire. Depuis quatre ans, le gouvernement israélien y a encore accentué son emprise, utilisant toutes les ressources des forces armées, des services de renseignement, de la police, des milices privées des colonies juives, des tribunaux militaires et des prisons, en plus d’une surveillance technologique massive.
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