“Je ne vous écris pas en tant que sympathisante. Je ne vous écris pas en tant qu’opposante. Je vous écris en tant que Colombienne qui aime profondément son pays.” La chanteuse de reggaeton Karol G, véritable star dans sa Colombie natale, a envoyé le 28 juin un message qui commence par ces mots, sur X, à destination du nouveau président élu le 21 juin, Abelardo de la Espriella.

À cet avocat d’extrême droite qui prendra ses fonctions le 7 août, elle demande avant tout une chose : de “gouverner pour tous. […] Non pas pour un parti, une idéologie ou un secteur mais pour la Colombie”, et de faire preuve de “responsabilité”. Et par cette “publication inattendue”, à la dimension à la fois “sociale et politique”, l’artiste de 35 ans s’est “attiré l’attention de milliers de fans”, souligne le site de l’hebdomadaire local conservateur Semana.

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Cet appel à l’unité intervient alors que la campagne électorale, opposant De la Espriella au dauphin de Gustavo Petro, Iván Cepeda, a été l’une des plus haineuse et clivante qu’a connue le pays. De fait, le pays sud-américain s’est scindé en deux moitiés presque égales, avec une différence de voix entre les deux candidats d’à peine 0,96 point.

“Dès les premières lignes du document, l’interprète a clairement indiqué que son intention n’était pas d’intervenir dans le débat politique, mais d’exprimer une réflexion personnelle sur la situation que traverse actuellement le pays”, souligne le principal quotidien colombien El Tiempo. Ce qui ne l’a pas empêchée d’être la cible d’attaques sur les réseaux sociaux.

Une critique voilée envers De la Espriella

Dans sa lettre, la “Bichota, comme elle est surnommée, lui dit : “Je veux vous demander de penser aux enfants qui méritent une éducation, aux familles qui ont du mal à boucler leurs fins de mois, aux paysans qui nourrissent cette terre, aux entrepreneurs qui créent des emplois, aux jeunes qui rêvent d’un avenir meilleur et à ceux qui ont perdu l’espoir de le trouver en Colombie.”

Avant les élections, Karol G avait déjà appelé ses fans à se rendre aux urnes, sans dévoiler ses préférences électorales. Cette fois-ci, ce message a été interprété comme une critique voilée envers De la Espriella, les internautes rappelant qu’elle ne s’était pas prononcée après l’élection en 2022 de Petro, premier président de gauche de l’histoire de la Colombie.

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Depuis, la polémique ne désenfle pas. Ce qui “relance le débat sur la liberté d’expression, la polarisation politique et la marge de manœuvre dont disposent les personnalités publiques pour s’exprimer sur l’avenir du pays sans faire l’objet de campagnes de dénigrement sur les réseaux sociaux”, estime le canal Facebook “Putumayo Noticias”.

De la Espriella l’invite à rejoindre sa “meute”

“L’importance de cet événement ne réside pas dans le fait qu’une des figures culturelles les plus influentes du pays ait décidé d’intervenir dans le débat public. Ce qui est significatif, c’est que sa prise de position a été immédiatement reprise par les deux principaux acteurs de la transition présidentielle”, estime le site d’analyse Tendencia Política.

Car De la Espriella y a répondu lundi par une invitation ouverte à rejoindre sa “meute”, en référence au surnom de “tigre” qu’il s’est donné. “L’unité incarnée par la fonction présidentielle trouvera en moi son véritable sens : l’unité avec et pour le peuple”, a-t-il promis à la chanteuse. “C’est un message qu’il ne cesse de répéter depuis sa victoire, même s’il continue de critiquer vertement Petro et son gouvernement”, rappelle El País América.

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De son côté, Gustavo Petro a remercié la chanteuse “pour sa conception démocratique et humaine de la vie” et “la nécessité de la fraternité humaine”, tout en saisissant cette perche pour attaquer De la Espriella. “Je ne suis pas l’instigateur d’une nouvelle violence fratricide en Colombie. Mais le nouveau président étranger [Abelardo de la Espriella a aussi la nationalité américaine] la recherche et, s’il la déclenche, personne ne sait comment cela finira”, a-t-il prévenu avant d’appeler à une grande manifestation le 20 juillet. Cepeda, de son côté, s’est déclaré le 1er juillet en situation de “désobéissance civile”.

Durant la campagne, de nombreux artistes colombiens ont pris position ouvertement pour l’un des deux candidats. Comme le chanteur de reggaeton et ancien fiancé de Karol G, Feid, qui a offert son soutien à Cepeda ou des chanteurs de musique populaire comme Pipe Bueno, Ciro Quiñonez, Alzate et Francy, qui ont soutenu De la Espriella dans une vidéo commune. Shakira, quant à elle, a refusé de prendre position.