Vendredi 12 juin, le pacte européen sur la migration et l’asile s’appliquera dans tous les États membres de l’Union européenne dont la Hongrie, où l’accord suscite un débat mouvementé. Le nouveau Premier ministre, Peter Magyar, “a capitulé” devant Bruxelles et “trahi voire piétiné” les Hongrois “qui ont confirmé depuis plus d’une décennie qu’ils ne souhaitent voir aucun intrus sur leur territoire”, dénonce un éditorial cinglant du quotidien classé à droite Magyar Nemzet.
Le 5 juin, des centaines de manifestants marchaient à Budapest contre le pacte et accusaient Magyar d’avoir “vendu la souveraineté de la Hongrie pour 6 000 milliards de forints”, soit les 16,4 milliards d’euros de fonds débloqués après l’accord du 29 mai avec la Commission européenne, relate l’agence nationale MTI. La Hongrie “sera envahie de migrants”, et le gouvernement “ne sert pas la nation magyare mais Bruxelles”, considéraient les orateurs.
“Fardeau économique”
“Le renforcement des bases de données et l’accélération du processus de renvoi sont moins discutables”, mais le pacte “fait peser un fardeau économique sur la Hongrie, située à la frontière de l’espace Schengen”, déplore Vilaggazdasag. “La réglementation hongroise est bien plus stricte et moins coûteuse”, et “c’est justement à cause de ces règles strictes que la Hongrie doit verser 1 million d’euros d’amende par jour à Bruxelles”, développe le portail.
Le pacte “n’est pas assez ferme” et “reprend des dispositions qui ont échoué, comme la répartition selon des quotas”, déplore auprès de Magyar Nemzet l’expert Laszlo Dornfeld, craignant la construction de camps. Le pacte “risque de restreindre la marge de manœuvre des États membres”, et “l’un des principaux dangers réside dans l’accueil obligatoire en cas de crise”, complète le chef de l’opposition parlementaire, Gergely Gulyas, repris par le site Origo.
Malgré les réticences de Peter Magyar liées au mécanisme de solidarité, l’Europe “n’adoptera pas une nouvelle réglementation pour faire plaisir à la Hongrie”, car le pacte “implique des obligations de capacités frontalières et d’accueil que tous les autres États membres ont déjà remplies”, tranche HVG. De plus, celui-ci “prévoit précisément de lutter contre la migration illégale que l’exécutif déclare refuser”, souligne l’hebdomadaire libéral.
“Chaos juridique imminent”
“Il n’y aura pas de migrants illégaux sous le gouvernement Tisza”, affirme Peter Magyar, pourfendeur du “laxisme” de l’administration Orban, cité par HVG. Le dirigeant entend également “interdire” les “travailleurs invités”, notamment asiatiques, mais “les entreprises n’achètent pas la poursuite de la rhétorique antimigrants”, car ces derniers “sont indispensables” dans l’agriculture, l’industrie et le bâtiment, notait le même média au début du mois de juin.
La Hongrie “va maintenir et même rénover la clôture” sur la frontière serbe, “rejette tous les types d’immigration illégale” et “ne soutient aucun quota”, déclarait le 26 mai au Parlement le ministre de l’Intérieur, Gabor Posfai, relayé par Telex. Le ministre dénonçait ensuite la “libération de trafiquants d’êtres humains condamnés” et les bons de résidence qui “ont contribué à l’installation de dizaines de milliers d’étrangers” sous les gouvernements Orban.
“Le gouvernement Orban n’a pas bougé d’un pouce alors que les États membres avaient deux ans pour se préparer” au pacte sur la migration et l’asile, tonne Valasz Online, prédisant un “chaos juridique imminent”. La Hongrie “aurait tout intérêt” à s’adapter “pour mettre fin à l’amende de 1 million d’euros par jour infligée par la Cour de justice de l’Union européenne” en 2024, et éviter que “la sanction actuelle soit suivie d’une nouvelle”, juge le média en ligne.
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