C’était le 10 octobre dernier. Le Cockroach Janta Party [CJP, Parti du peuple des cafards, un mouvement de jeunesse] a appelé ce jour-là à une manifestation massive à Jantar Mantar [un site de New Delhi où ont eu lieu de grandes manifestations en juillet, et où elles sont désormais interdites]. Un peu plus loin, à Lutyens’ Delhi [le quartier du pouvoir politique], l’ambiance est à couper au couteau. Les routes sont barrées, les cartes d’identité vérifiées plusieurs fois, et les seules personnes qu’on croise sont vêtues d’un uniforme. Les boulevards déserts témoignent de la paranoïa de ceux qui gouvernent le pays.

À quelques kilomètres de cette enclave aseptisée des puissants, sur le pont de Safdarjung, au-dessus du marché de Dilli Haat, plusieurs membres de l’Association panindienne des étudiants (All India Students’ Association, Aisa), assis sur la route, empêchent un car de la police d’emmener un groupe de manifestants. Des slogans exigeant la démission de Gyanesh Kumar, le chef de la Commission électorale indienne (CEI), retentissent. Au moment où nous arrivons, Neha Bora, la présidente de l’Aisa, n’est déjà plus sur place.

Il est surprenant qu’elle ait pu échapper à la frénésie d’interpellations dans laquelle la police s’est embarquée la veille. Un de ses camarades nous raco